Angela Huth : Amour et désolation/Désolation plus qu’amour.

           Vous connaissez l’amour est dans le pré ? Une émission de M6 très populaire qui captive à chaque saison de nombreux téléspectateurs. Je ne suis pas du lot, et je dois dire que le roman d’Angela Huth : Amour et désolation, paru en 2003 aux éditions Quai Voltaire/La table ronde, s’il traite de d’amour et de vie paysanne, ne m’a pas réconciliée avec cette thématique un peu trop cousue de fil blanc.

           Normalement destiné à prendre la succession de son père dans le cabinet d’avocats que ce dernier a fondé, George Elkin a une autre ambition : il veut relancer la ferme familiale dont s’occupent les employés Saul et Ben. Aidé de ses voisins et amis, Prodge et Nell, il commence à bâtir un élevage de moutons et de vaches. Cependant, il retrouve Lily, une vague amie d’université, qui s’entiche de lui et vient s’installer à la ferme. La jeune femme sympathise avec Nell, la voisine et amie d’enfance de George qui est amoureuse secrètement de ce dernier. De son côté, Prodge, le frère de Nell et le meilleur ami de George, tombe amoureux de Lily. Mais finalement, Lily et George se marient. S’ensuivent quelques années de bonheur. Puis, Lily se lasse de sa vie à la ferme et quitte tout pour retrouver sa vie de critique d’art. George décide d’attendre et d’espérer le retour de sa femme qui est sans doute sujette à une dépression passagère. Cependant, la vie à la ferme est devenue difficile : l’épidémie de la vache folle contraint Prodge à abattre son troupeau. Plus tard, c’est George qui doit abattre toutes ses bêtes à cause d’une épidémie de fièvre aphteuse. Mais le roman se termine bien. Lily revient à la ferme tandis que Nell décide de partir vivre et élever des chevaux en Nouvelle-Zélande. Prodge et George se lancent ensemble dans un nouvel élevage.

          J’ai été singulièrement déçue par Amour et Désolation. En effet, rien de comparable avec De toutes les couleurs, un roman plein d’ironie et d’humour sur les rapports humains quels qu’ils soient : amours, amourettes, jalousie, et autres réjouissances sont au rendez-vous dans cette comédie humaine truculente et pleine de chassés croisés réjouissants. Dans ce roman-ci, c’est l’ennui et la platitude : Waterloo, Waterloo, morne plaine, que suis-je allée faire dans cette galère ?

          D’abord, au niveau de la comédie sentimentale, l’ensemble est singulièrement monolithique et ne comporte aucune perspective analytique du fonctionnement du cœur humain : George se rend compte petit à petit qu’il aime Lily, puis l’épouse, puis, quand elle le quitte, il continue à l’aimer tout en ressentant un vague trouble pour Nell, trouble qui s’évanouit très vite et ne donne lieu à rien de plus. Lorsque Lily revient, la vie reprend comme si elle ne s’était jamais arrêtée. Je dois dire que tout en étant sans surprise, cette intrigue amoureuse m’a paru assez improbable : après une absence de 6 années, Lily réapparait et tout reprend comme avant ! Entre deux, aucun écart, aucune rancœur, l’espoir incessant d’un retour. On n’y croit pas d’autant plus que cette histoire d’amour manque singulièrement de fougue ! Lily fait de bons petits plats, elle est courageuse, elle met des fleurs dans des vases… et ce sont toutes ces petites choses du quotidien qui sont devenues incontournables et indispensables pour George et qui font que Lily lui manque encore et encore. Bof ! Quant au happy end final ! Sans commentaire ! On évacue bien vite Nell qui aime George sans espoir et qui décide d’aller vivre loin, dans un pays qui lui correspond (la Nouvelle Zélande) et dans lequel elle trouvera le nirvana. Quant à Prodge, autrefois amoureux de Lily – mais sans que cet amour s’avère réciproque, et là encore, cet amour ne débouche sur rien – il se rend compte qu’il n’éprouve plus rien de très chaud pour la jeune femme et on termine sur un joyeux ménage à trois ou plutôt : un couple et un ami qui s’installent ensemble pour bâtir une nouvelle exploitation.

           L’œuvre possède aussi une veine sociale : l’étude du monde paysan contemporain. Là aussi, grande déception. Après des années fastes, nos personnages sont secoués par deux crises : celle de la vache folle et celle de la fièvre aphteuse. Les élevages sont mis à terre, toutes les bêtes sont abattues, mais l’amour de ce travail est le plus fort et nos éleveur décident malgré tout de tout recommencer. Entre temps, on trouve l’évocation répétitive des travaux quotidiens : tonte des bêtes, insémination, traite, naissances, nourriture, nettoyage… Un ensemble terriblement insipide et plat, qui ne donne lieu à aucune étude spéciale du monde paysan ; ses états d’âme, sa mentalité : tout est évoqué de manière superficielle et sans aucune vision critique, satirique ou autre. Bref, l’ensemble n’offre pas grand intérêt.

            Le roman n’est cependant pas mal écrit, mais devant un tel manque de relief, une plume honorable – mais quand même pas géniale ! - ne peut pas grand-chose.

On qualifie souvent Angela Huth d’ « aquarelliste des âmes » : en ce qui concerne Amour et désolation, on est dans la parfaite croûte ! Quelle désolation !

 



11/03/2017
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