Cecelia Ahern : PS : I love you / PS : I’m bored.

                Pourquoi ne me suis-je pas fiée au titre de ce roman en forme de point final ? Il est vrai que le post-scriptum est le mot par lequel on termine une lettre, le mot sur lequel s’achève une lecture. Eh bien ! J’aurais bien dû prendre acte de ce fait : considérer le livre comme lu et le replacer sur le rayonnage de la bibliothèque. Voilà qui m’aurait évité une lecture ennuyeuse, insignifiante et inutile. En effet, PS : I love you, écrit par Cecelia Ahern en 2004 et paru aux éditions Albin Michel cette même année s’avère être l’un des plus mauvais livres « pour filles » jamais lus.

                Holly a 25 ans, mais la vie ne lui sourit plus guère depuis la mort de Gerry, son époux, dernièrement décédé d’une tumeur au cerveau. Cependant, son défunt mari lui a réservé une surprise : pendant un an, il lui a préparé des petites enveloppes, une pour chaque mois de l’année à venir. Dans chacune d’entre elles, Gerry propose à Holly une action à faire en sa mémoire. Pendant un an, notre héroïne va vivre au rythme des petits mots doux de son époux décédé, messages destinés à lui redonner goût à la vie. Bien évidemment, à la fin du roman, à la dernière lettre lue, Holly sera prête à démarrer une nouvelle vie.

                L’idée de départ peut paraître intéressante, ouvrir sur des situations cocasses, des défis à relever, un ensemble de choses qui auraient pu donner au roman un certain piquant. Hélas ! Il n’en est rien. On tombe des nues lorsqu’on découvre le contenu de la première lettre : Holly doit s’acheter une lampe de chevet afin d’éviter de se cogner partout lorsqu’après avoir tourné l’interrupteur, la chambre se trouve plongée dans le noir. On reste pantois lorsque Holly prend acte de la seconde lettre qui lui demande de participer à une soirée Karaoké dans un club : un sacré défi lorsqu’on chante faux comme une casserole. La suite ? S’acheter une nouvelle tenue sexy, partir quelques jours en vacances en Espagne avec des amies. Oui, on reste perplexe devant l’indigence de l’histoire, devant l’insignifiance des messages à décacheter post-mortem. Et surtout, on se dit que puisque Holly accomplit les demandes contenues dans les enveloppes de Gerry en deux temps trois mouvements, qu’est-ce que la brave Cecelia Ahern va bien pouvoir trouver comme idée saugrenue pour meubler un roman qui fait quand même 400 pages ? Eh bien, pas grand-chose : Holly a une famille - Franck et Elizabeth, ses parents, Jack, Richard et Ciara, ses frères et sœur, sans compter les belles sœurs, etc. Holly a aussi des amies : Denise et Sharon. Tout ce beau petit monde se retrouve pour des sorties au restaurant, au bar, en boîte de nuit, des repas. Au menu : conversations banales et sans intérêt, humour à deux balles en prime : la famille formidable est de retour dans toute sa splendide niaiserie consensuelle et franchouillarde (pour le roman de Cecilia Ahern, devrais-je dire : « irlandouillarde »).  Alors, bien sûr, il y a les heureux événements : Denise rencontre Tom et décide de l’épouser, Sharon tombe enceinte de John, Ciara retrouve Matthew, son petit ami. Quant à Richard, il se fait larguer par sa peste de femme, Meredith, ce qui le rend tout à coup beaucoup plus sympathique. Et notre brave Holly voit autour d’elle, les gens faire leur vie, être heureux ou malheureux, tandis qu’elle vit dans la neurasthénie.

                Alors, bien sûr, on les attend, les deux lettres qui vont transformer la vie d’Holly. Je pense que vous avez déjà deviné leur très original contenu ? Holly doit refaire sa vie : trouver un travail qui lui plaît et un nouveau compagnon. En ce qui concerne le travail, Holly trouve très facilement un emploi… où, s’il vous plaît ? Dans la publicité ? gagné ! Elle a un patron très cool, qui l’engage parce que lui aussi, il a perdu un être cher, des collègues adorables qui l’aident et la comprennent. Bref, le monde de la pub, c’est bisounours et compagnie. Quant au nouvel homme, j’avoue que Cecelia Ahern m’a scotchée : durant le roman, Holly se rapproche d’un certain Daniel, le patron du  club de Karaoké. Il vient de rompre avec Laura. Le jeune homme fait sa déclaration à Holly qui hésite… et se retrouve le bec dans l’eau car Daniel, finalement peu patient, ou peu amoureux d’Holly, renoue avec son ex : Laura. Pour le coup, Cecelia Ahern aura su déjouer les attentes du lecteur : c’est le seul point intéressant de cet ensemble ennuyeux et convenu au possible.

                Par ailleurs, le personnage d’Holly est très superficiellement traité : elle passe son temps dans des fêtes, des repas, avec les uns ou les autres… et de temps à autre, Cecelia Ahern rappelle qu’elle est triste, veuve, seule et ouin-ouin. Le sentiment de deuil d’Holly, le lecteur ne le ressent guère : par contre, il s’ennuie beaucoup dans tout ce fatras de conversations anodines et sans intérêt, les « qu’est-ce que je vais bien pourvoir me mettre pour la teuf de ce soir ? », « Délicieux, ce guacamole, tu me donneras la recette ? »

                Bref, inutile de perdre son temps avec PS : I love you. Le premier roman de la très jeune et blonde irlandaise Cecelia Ahern est totalement cucul et inintéressant. PS : very bad trip/I’m bored.



15/11/2014
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