Chetan Bhagat : Une nuit@thecallcenter/SOS@lectricendétresse

        Attention arnaque ! Ne pas se laisser tenter par ce roman qui nous promet de pénétrer dans l’Inde d’aujourd’hui à travers une bande de jeunes employés d’un centre d’appels téléphoniques de New Delhi. Ce roman n’offre aucun intérêt et on se demande bien pourquoi il a franchi les frontières nationales de l’inde. Ainsi, si une nuit, vous avez envie de vous embarquer pour un autre continent, ne choisissez pas l’Inde à travers Une nuit@thecallcenter écrit par Chetan Bhagat et paru en 2007 aux éditions Stock ! Vous seriez déçu, je crois.

         Chetan Bhagat se trouve dans un train de nuit qui relie Kanpur à Dehli et y rencontre une jeune femme qui lui promet un sujet extraordinaire pour son deuxième roman. Elle s’emploie à raconter cette histoire que Chetan Bhagat se charge de retranscrire à travers le personnage de Shyam qui travaille dans un centre d’appels téléphoniques de Delhi en compagnie d’une poignée de joyeux collègues. Tous ont des soucis personnels à régler. A commencer par Shyam, encore amoureux de la belle Priyanka. Cette dernière vit sous l’emprise d’une mère qui veut absolument la voir bien mariée, raison pour laquelle elle a quitté Shyam et s’apprête à épouser Ganesh qui poursuit une brillante carrière aux Etats-Unis. Vroom est amoureux d’Esha qui ne pense qu’à devenir top-modèle au point de coucher avec celui qui lui ouvrira les portes de ce métier… et de se faire cruellement avoir par des promesses non-tenues. Quant à Radhika, elle est, contre son gré, devenue une femme plutôt traditionnelle qui s’emploie à bien tenir sa maison lorsqu’elle apprend que son mari la trompe. Toute cette petite troupe se retrouve pour une nuit de travail au centre d’appels téléphoniques, sous la férule de Bakshi, un chef incompétent qui cherche à tirer la couverture à lui alors que l’entreprise est dans une mauvaise passe et que des licenciements sont à prévoir.  Alors que, pour décompresser, nos amis sont partis faire une virée, leur voiture se retrouve en suspension au-dessus du vide. C’est alors que Shyam reçoit un appel venant de Dieu qui force chacun à faire le point sur sa vie et sur ce qu’il espère pour l’avenir. Fort de ces encouragements divins, Vroom décide de quitter le centre pour concevoir sa propre affaire de conception de sites web. Shyam décide de le suivre. Mais auparavant, il faut se venger de Bakshi, le chef ! Nos amis exercent donc un gentil chantage au harcèlement sexuel, extorquent quelques fonds pour monter leur affaire, relancent le centre d’appel grâce à une ruse qui incite les clients américains à appeler. Et puis tout finit plutôt bien puisque Priyanka décide de laisser tomber Ganesh et de revenir vers Shyam tandis que Vroom entrevoit un rapprochement avec Esha qui décide de laisser tomber ses velléités de mannequinat pour se lancer dans l’humanitaire – car là sont les vraies valeurs, n’est-ce pas ?  ! – et héberge momentanément Radhika qui veut divorcer.

              Ce roman a plusieurs prétentions bien affirmées : celle de donner de la jeunesse indienne une image dans laquelle elle pourra se retrouver ; celle de dénoncer l’exploitation des pays du sud par ceux du nord (en l’occurrence, à travers une nuit passée dans un centre d’appels téléphoniques, c’est l’Inde et l’Amérique qui sont visées) ; celle aussi, de dénoncer la société de consommation et l’asservissement au travail mal payé et mal managé.

Cependant, aucun de ces objectifs ne sont atteints et on se retrouve en fait, à lire un roman composée de bluettes pour midinettes, sorte de comédie sentimentale aux grosses ficelles téléphonées. L’intrigue se déroule sur une nuit pendant laquelle se révélera à chacun le problème qui ruine sa vie : le mannequinat raté pour Esha, l’adultère pour Radhika… cependant, pendant plus des deux-tiers de l’œuvre, il ne se passe pas grand-chose : on a donc droit à des dialogues insipides et sans intérêt où les filles comparent les toilettes qu’elles portent, décident quelles sont les glaces les plus crémeuses et dans quels bars on peut les déguster, où les garçons discutent voitures ou bars branchés. Pour combler le vide, Chetan Bhagat insère à la narration de la nuit au callcenter des chapitres où il revient sur des rendez-vous entre Shyam et Priyanka dans des restaurants où il est question de plats qui font grossir, de films à voir et autres considérations oiseuses.

            Quand enfin arrive l’événement qui fera basculer les personnages – l’appel de dieu – à plus des deux-tiers du roman, on reste pantois devant tant d’inepties : les personnages se retrouvent dans une voiture à cheval sur une poutrelle au-dessus du vide. Mais il suffit d’une marche-arrière et hop ! Voilà nos personnages repartis vers le centre d’appels. Je passe sur le fait que, pendant ce temps suspendu, Dieu appelle nos héros et s’exprime avec eux comme un jeune de banlieue, un copain qu’on aurait quitté la veille… Retour donc dans le centre d’appels où nos jeunes trublions décident de remettre un peu d’ordre.

             On est sidéré par la niaiserie des décisions prises pour se venger de Bakshi, le manager. Et encore plus par le plan mis en œuvre pour sauver le centre d’appels menacé par des licenciements. Il s’agit de submerger l’Amérique d’appels qui informent la population de virus potentiels ; comme les Américains sont des froussards, ils passent le reste de nuit de Thanksgiving à appeler le centre indien pour se rassurer. Et le tour est joué ! Le centre est submergé d’appels et prêt à embaucher de nouvelles recrues. On se demande bien pour qui Chetan Bhagat prend ses lecteurs.

            Le seul intérêt de ce roman, c’est de nous permettre de mettre un petit pied en Inde - disons plutôt le bout du pied – grâce à des références vestimentaires ou culinaires qui lui appartiennent. C’est tout.

             Pour le reste, vivement que le jour se lève et qu’on passe à autre chose !



26/11/2015
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