David Safier : Sors de ce corps, William ! /Rentre dans ce roman, lecteur !



                 Olà ! Cette première lecture de vacances au Portugal va nous faire décidément voyager ! A travers l’Allemagne, l’Angleterre, mais aussi à travers les siècles. Ainsi donc, David Safier nous propose une comédie dramatique et sentimentale très divertissante intitulée Sors de ce corps, William ! parue en 2010 aux éditions Presse de la Cité.

                Rosa est dans une mauvaise passe amoureuse : le grand amour de sa vie, Jan, s’apprête à épouser une autre femme. Comment faire pour le récupérer ? Un soir, de sortie au cirque, Rosa assiste à un numéro de régression temporelle : le magicien Prospéro est en effet capable d’envoyer l’esprit d’une personne dans le temps, à l’intérieur d’une précédente incarnation. C’est ainsi que Rosa va se réveiller dans la carcasse de… Shakespeare ! Retour possible dans le présent : seulement après avoir découvert ce qu’est l’amour véritable.

                Avec Sors de ce corps, William !, David Safier nous emmène dans l’Angleterre élisabéthaine et nous fait partager des aventures trépidantes et pleines de rebondissements : il s’agit en effet pour Rosa de trouver qui est son amour prédestiné alors que son esprit a pris possession de la carcasse de… William Shakespeare !  et que le malheureux est empêtré dans un tas de problèmes personnels liés à ses mœurs plus ou moins légères et qu’une mission de la plus haute importance lui échoie : ravir, par sa poésie, le cœur de la comtesse Marie pour le comte d’Essex qui est épris d’elle et qui veut l’épouser ; c’est à ce prix que le comte d’Essex reprendra les armes contre les ennemis irlandais et espagnols.

                Outre toutes ces aventures, David Safier nous entraîne dans une comédie sentimentale à plusieurs dimensions, comédie extrêmement divertissante : en effet, le trio Rosa-Jan-Olivia se retrouve transposé quelques siècles plus tôt sous la forme Rosa (Shakespeare) – Essex – Marie. Et voilà que Shakespeare tombe amoureux du comte d’Essex, sosie de Jan dont Rosa est éperdument éprise au vingt-et-unième siècle ! bien évidemment, vous l’aurez compris, David Safier use de tous les ressorts comiques possibles liés à la situation d’une femme du vingt-et-unième siècle dans un corps d’homme du seizième siècle… et vice-versa… car Shakespeare fera, lui aussi, le voyage temporel vers le futur et prendra possession de Rosa, l’allemande des années 2000.

                Troisième niveau de l’intrigue, décidément très riche : l’aspect initiatique du roman. Assez superficiel, je dois dire, mais agrémenté d’une bonne dose de malice plutôt savoureuse. Au cours de son voyage dans le temps à l’intérieur de Shakespeare, Rosa découvrira que certaines âmes sont prédestinées l’une à l’autre : il en est ainsi de l’âme de Jan-Essex et de celle d’Olivia-Marie qui se lient aussi bien au bien au vingt-et-unième siècle qu’au seizième siècle. Quant à Rosa elle-même, elle finit par tomber amoureuse de Shakespeare qui parvient à la révéler ; en effet, au vingt-et-unième siècle, Rosa est en train de rater sa vie : institutrice médiocre et mal dans sa peau, elle aime un homme qui se refuse à elle, désormais. Grâce à Shakespeare, elle découvrira que sa véritable voie, c’est l’écriture, que le véritable amour, c’est l’amour de soi, et qu’il faut profiter de tous les instants offerts par la vie : « hic et nunc » (ici et maintenant).

                Enfin, David Safier, écrivain homosexuel visiblement assez engagé, s’amuse, certes, des situations ambigües qui découlent de la dualité homme-femme : Shakespeare devient, en effet, une femme et à ce titre, il devient plus ou moins bisexuel : attiré par Essex tout autant que par Marie, selon les moments d’éveil de l’esprit de Rosa qui a pris possession de son être. Mais David Safier s’amuse aussi de la double potentialité sexuelle de l’être androgyne qu’est Rosa-Shakespeare : ainsi, si au départ, nos deux comparses se chamaillent souvent à cause de l’inconfortable situation qu’ils subissent, ils finissent par s’apprécier au point de ne plus vouloir se quitter. C’est alors que David Safier sort tout l’attirail lourdingue de l’humour queer bien gentillet et un tantinet lassant : ainsi, être ou ne pas être devient trop souvent, à mon goût « en avoir ou pas » : ainsi, Rosa a peur de faire pipi avec un sexe d’homme et Shakespeare, très curieux de faire l’expérience de l’orgasme féminin, voudrait s’adonner à une séance de masturbation lorsqu’il prend possession du corps de Rosa au 21ème siècle… sans compter, bien évidemment que toutes les blagues de nos deux héros (chacun étant parfaitement hétérosexuel) porte sur les gentils queers. Exemple : au moment où Rosa-Shakespeare est accroché au mat de l’invincible Armada, songeant que c’est là sans doute sa dernière heure, Shakespeare ne trouve pas d’autre sujet de conversation que de demander à Rosa ce qu’est un porno gay ! (ouille ! Que c’est drôle !). De ce genre de blagues basées sur le principe de l’anachronisme et les références homosexuelles gentillettes, Safier raffole. Moi, pas du tout ! Hélas, je ne suis qu’une méchante hétéro qui ne rigole qu’aux méchantes blagues homophobes. Enfin, ce n’est qu’un petit bémol sans grande importance car je dois bien dire que j’ai vraiment apprécié ce roman très original et divertissant et que j’ai vraiment adhéré à 100% aux délires historico-sentimentaux de David Safier.

                Ceci dit, il est temps pour moi de retourner à mon « hic et nunc » portugais ! Esto pais do Portugal tambem é ! Bem ! Bem ! Bem !

                Article rédigé « ici » : Pomarinho, nord de l’Alentéjo, Portugal. Et « maintenant » : Samedi 14 Juillet 2012, 18 heures 58, 28 degrés. 2 minutes avant l’apéro du soir !



14/03/2015
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