Gilles Legardinier : Demain j’arrête/Pour arrêter de lire des fadaises, tout de suite.

           Quand un homme se met à écrire un roman « pour nous, les filles », qu’est-ce que ça peut bien donner ? Avec Demain J’arrête, écrit par Gilles Legardinier et publié en 2011 aux éditions Fleuve Noir, nous allons quelque peu étudier cette passionnante question.

          Quand Julie rencontre un certain Ricardo Patatras, c’est le coup de foudre. La jeune fille va alors tout tenter, tout remettre en question, pour séduire ce beau voisin de palier. Par deux fois, notre jeune héroïne va être confrontée à des décisions qui engagent sa vie. La première est professionnelle. Julie s’ennuie dans son travail d’employée de banque qui, de plus, ne lui convient pas. Trop d’arnaques au client à son goût. Car notre Julie a grand cœur et beaucoup d’humanité ! Ainsi, elle décide de vendre du pain dans la boulangerie du quartier ; et elle a de la chance ! Car la propriétaire, Mme Bergerot, l’engage illico presto. La seconde décision, bien évidemment, concerne Ric : il s’agira de savoir si elle peut tout plaquer, tout accepter pour lui. Question moyens pour séduire ce bellâtre, il y a trop à dire pour tout dire. La jeune fille multiplie les plans foireux ou inconcevables pour attirer l’attention du jeune homme ou pour en savoir un peu plus sur lui. Ça commence piano : le tanner pour l’accompagner dans son jogging, mettre en panne son ordinateur pour qu’il vienne la sauver. Et puis ça devient extravagant : lorsque Julie pense que Ric lui cache quelque chose, elle veut à toute fin savoir ce dont il s’agit. Avec son amie Sophie, elle se camoufle pour le suivre lorsqu’il fait son jogging. C’est alors qu’elle suppose – et se persuade – que le jeune homme est un voleur puisque sa destination de footing n’est autre que le prestigieux domaine Debreuil qui s’apprête à exposer les plus grands joyaux familiaux. Alors, pour empêcher son amoureux de faire une bêtise, Julie se fait passer pour un investisseur intéressé par une affaire avec la prestigieuse maroquinerie Debreuil et décide d’en profiter pour voler les bijoux afin de les donner à Ric comme preuve d’amour. Seulement, rien ne se passe comme prévu et Julie se retrouve avec entre les mains, le premier prototype de sac à main Debreuil que la richissime Albane Debreuil lui a donné en cadeau – les affaires sont les affaires. Epilogue heureux, c’était justement ce sac à main que convoitait Ric. En effet, son père, créateur de ce prototype, s’était fait voler ce travail par les Debreuil et Ric voulait l’objet qui contient dans la doublure des preuves de cette malversation afin d’intenter un procès à la riche famille de maroquiniers. Tout est donc bien qui finit bien pour tout le monde et aussi pour le lecteur, bien content d’en avoir terminé avec cette bluette sans grand intérêt.

          Car il est vrai que ce n’est pas Gilles Legardinier qui aura révolutionné ce genre très convenu du roman « pour filles ». Tout d’abord, nous avons l’héroïne, Julie : une gaffeuse un peu farfelue, pleine de bonne humeur et de joie de vivre, qui aime faire le bonheur des gens. On a l’impression d’avoir déjà lu et même vu ce genre de personnages tout droit inspiré de la fameuse Bridget Jones. Autour d’elle gravitent des amis tous fantastiques : Sophie, le complice de toujours et de tous les plans foireux, Xavier, le farfelu qui se construit une superbe automobile avec ses propres moyens. D’autres encore…  Et tout le monde se met à l’œuvre lorsqu’on s’aperçoit que  la bagnole ne peut pas sortir de la cour où elle a été conçue. A l’initiative de Julie, on casse le mur arrière et on le rebâtit ni vu ni connu. Inutile de dire qu’on nage dans le grand n’importe quoi là et ailleurs.

          En réalité, on a l’impression que Gilles Legardinier a voulu s’inspirer du Fabuleux destin d’Amélie Poulain pour un résultat final assez pitoyable. Car, bien évidemment, face aux gentils qui s’entraident, il y a les méchants qui viennent plomber l’ambiance et auxquels il faut donner une correction : par exemple, le fameux monsieur Calant, client désagréable de la boulangerie. Comment s’en débarrasser ? Eh bien, un jour, une petite vieille l’a frappé avec son parapluie et l’a forcé à déguerpir. Passionnant ! Et à peine stéréotypé, le coup de la vieille au parapluie.

          Que dire de l’intrigue sentimentale ? Bien évidemment, notre Julie est célibataire et a connu des déconvenues amoureuses. Le beau Ric sera-t-il l’homme de sa vie ? L’homme qu’elle attend depuis tout le temps ? Très vite, les deux protagonistes se cherchent et se trouvent. Mais Ric semble cacher un lourd secret dont il ne veut pas parler. Alors, commence une espèce d’intrigue policière complétement foireuse et idiote : Julie espionne son chéri pour savoir ce qu’il cache. Et le résultat, on le voit dans le résumé, est assez inconcevable.

           Car en effet, la dernière caractéristique de ce roman, c’est sa propension à mettre en exergue les bons sentiments sirupeux. Dans l’immeuble, une vieille dame pauvre et solitaire doit être hospitalisée : elle a un cancer au stade terminal. Bien entendu, Julie va l’accompagner jusqu’au bout et héritera de son appartement au terme d’une scène péniblement pathétique au cours de laquelle cette Madame Roudan déclare que Julie est « comme sa fille, son dernier rayon de soleil ». Et toute la petite troupe de se retrouver au cimetière pour l’enterrement, sinon, il n’y aurait eu personne.

           Et si j‘arrêtais là le massacre ? Inutile de dire qu’on peut passer son chemin, car même si Gilles Legardinier se targue d’adopter un ton humoristique, on ne rit jamais et on sourit très peu, car l’auteur use d’un comique « plan-plan » et bien gentillet, à l’instar de celui qu’on trouve dans les capsules télévisées du style « nos  chers voisins » ou encore les « scènes de ménage ».

          Mais moi, je devrais vraiment arrêter de me lancer dans la lecture de ce genre de roman bien souvent très mauvais et ennuyeux. Stop là !



16/04/2016
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