Ira Levin : Un bébé pour Rosemary /Boum, boum au cœur pour ce roman

       Quel dommage de connaître si bien l’œuvre d’Ira Levin : un bébé pour Rosemary, (paru en 1968 aux éditions Robert Laffont) via le chef d’œuvre de Roman Polanski intitulé Rosemary’s baby. Ainsi, le roman ne comporte aucune surprise alors que nous sommes, en réalité, face à un thriller parfaitement mené !

        Rosemary et Guy Woodhouse ont trouvé l’appartement de leurs rêves situé dans un de ces vieux immeubles new-yorkais : le Bramford.  Cependant, la bâtisse jouit d’une mauvaise réputation puisque, quelques décennies auparavant, il s’y serait passé des actes de cannibalisme et de sorcellerie. Par ailleurs, le taux de suicide, dans cet immeuble, est supérieur à la norme. C’est d’ailleurs à l’occasion du suicide de Terry, une jeune femme dont Rosemary venait de faire la connaissance, que le couple rencontre le couple chez lequel la jeune femme avait trouvé refuge : les Castevet. Très vite, les deux couples sympathisent  (surtout Guy) et se rendent régulièrement visite. Cependant, le couple a des projets : celui de faire un enfant dès que la carrière d’acteur de Guy décollera ; ce qui ne tarde pas à se produire : un rôle, prévu initialement pour un autre, se libère à l’occasion d’un drame : l’acteur choisi pour le rôle est mystérieusement devenu aveugle et Guy le remplace. Et puis, l’enfant est conçu lors d’une soirée assez spéciale au cours de laquelle, après avoir consommé de la mousse au chocolat confectionnée par Minnie Castevet, Rosemary navigue entre rêves et hallucinations : elle se sent prise vigoureusement par le diable au cours d’une sorte de messe noire. Ensuite, la grossesse de la jeune femme est étrangement suivie de très près par les Castevet qui choisissent pour elle le meilleur obstétricien de New-York : le docteur Sapirstein. Et puis, Minnie confectionne des potions fortifiantes à  base d’une mystérieuse plante : la racine de Tannis. Cependant, Rosemary supporte une grossesse douloureuse qu’elle s’efforce d’ignorer mais qui alerte ses amis : la jeune femme a une mine effroyable. Un de ses proches ami, Hutch, est d’ailleurs très intrigué par de nombreux détails que la jeune femme lui confie lors d’une de ses visites. Il décide de faire des recherches et fixe très rapidement un rendez-vous à la jeune femme dans le but de lui faire des révélations : il ne se rendra jamais à ce rendez-vous : victime d’une attaque, il sombre dans un coma dont il décèdera. Cependant, il a quand même le temps de laisser à la jeune femme un livre : Tous des sorciers, qui pointe du doigt le fait que Roman Castevet serait en fait le fils d’Adrian Marcato, un sorcier adepte du satanisme ; en effet, tout concorde, y compris le nom : Roman Castevet est l’anagramme de Steven Marcato. Dès lors, la jeune femme dénoue les fils d’un complot qui aurait pour objet l’enfant qu’elle porte, complot fomenté par son époux, Guy, et les Castevet. La jeune femme tente par tous les moyens d’échapper aux tortionnaires, mais tout le monde la croit paranoïaque et c’est chez elle, sous l’emprise de sédatifs qui l’endorment, qu’elle accouche. A son réveil, l’enfant n’est pas là : il est mort, lui dit-on. Mais la jeune femme est convaincue du contraire : elle entend un enfant pleurer, tout près. Toute seule, comme une grande, elle trouvera le chemin conduisant au berceau… de son fils et aussi celui de Satan. Il ne lui faudra que quelques minutes pour se faire à cette idée et se sentir totalement mère de cet enfant.

         Avec Un bébé pour Rosemary, Ira Levin nous gratifie d’un thriller très bien ficelé et très original. Tout démarre avec une composante rassurante : un jeune couple à l’esprit bien rangé, à qui rien ne peut arriver d’autre qu’une vie très banale : Rosemary rêve d’un appartement au style bon chic bon genre et d’une famille unie. Cependant, l’immeuble dans lequel le couple Woodhouse s’installe est sans doute très séduisant, mais des événements macabres s’y sont déroulés et le lecteur s’attend donc à une bonne dose de surprise !

         C’est d’une main de maître qu’Ira Levin insinue le doute dans l’esprit du lecteur. Au départ, il ne s’agit que des légendes, mais très vite, un suicide a lieu dans l’immeuble. Et puis, sous des abords sympathiques, le couple Castevet distille une ambiance malsaine : Roman et Minnie s’insinuent de manière très pesante entre les Woodhouse au point que Rosemary est obligée de trouver une explication psychanalytique à l’affection qui les lie à son mari : le besoin d’un père. Et puis, d’autres événements mystérieux et tragiques ont lieu et dès lors, le lecteur commence à penser qu’il y a quelque action malfaisante derrière l’ensemble.

        Cependant, une des forces de ce roman, c’est de raconter les événements du point de vue limité de Rosemary et d’indiquer de manière légère et à priori imperceptible, les éléments qui, une fois mis ensemble, constitueront un faisceau de présomptions. Ainsi, lors de la première visite des Woodhouse chez les Castevet, Minnie et Rosemary restent assez longtemps dans la cuisine à faire la vaisselle tandis que Rosemary n’entend pas grand-chose de la conversation de son mari avec Roman : elle ne discerne que quelques volutes de fumée. Que se sont donc dit les deux hommes pendant ce laps de temps ? Est-ce à ce moment que Guy contracte le pacte avec le diable ? Un bébé contre le lancement d’une brillante carrière d’acteur ? Et ainsi de suite : le lecteur partage donc les interrogations de Rosemary et n’a accès qu’aux éléments qu’elle perçoit pour mener sa propre enquête : pourquoi donc Guy est-il sorti sous prétexte d’acheter de la glace à tel ou tel moment ? Et où est passé le gant de Hutch dont la disparition a été constatée lors d’une visite à Rosemary ? Il faut dire que cet ami est un peu trop expert dans les affaires de sorcellerie et un peu trop soupçonneux !

        Presque jusqu’au bout du roman, le lecteur se demande si la jeune femme n’est pas atteinte de paranoïa due à une imagination un peu trop fertile et ce n’est qu’à la fin que le mystère est levé : Rosemary est mère du fils de Satan comme Marie est mère du fils de Dieu.

        Alors bien sûr, il ne faut pas jeter la pierre au film de Polanski : s’il déflore obligatoirement le livre, il propose une incarnation puissante des personnages qui compose le roman : Mia Farrow et John Cassavetes sont parfaits dans leur interprétation du couple Woodhause ; quant au rôle de Minnie Castevet, il faut dire l’interprétation de Ruth Gordon est tout simplement géniale et surpasse dans son côté « inquiétant de petite vieille pas tout à fait gentille », ce qui est proposé par Ira Levin.

         Alors, même si on connaît déjà l’histoire, le roman vaut le détour et on se rend compte, finalement, que Polanski n’a fait que saisir – et parfois accentuer – ce qu’Ira Levin a proposé : de quoi rabattre le caquet d’un des cinéastes les plus réputés. Mais j’y pense, vous n’avez jamais vu Rosemary’s baby ? Alors ? Qu’attendez-vous pour vous procurer le roman ? Je suis certaine que vous vous demanderez alors pourquoi cette lecture ne figure pas dans la catégorie « coups de cœur » !



12/03/2016
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