J K Rowling : Une place à prendre/On prend !

          Nous connaissons tous la saga Harry Potter qui a fait la fortune de l’écrivaine J K Rowling. Je n’ai pas encore lu la série qui pourtant m’a été chaudement recommandée. Cependant, c’est avec grand plaisir que j’ai découvert J K Rowling dans un style bien éloigné des Harry Potter, puisqu’il s’agit ici d’un roman à dimension sociale – et bien plus - écrit en 2012 et intitulé Une place à prendre.

          Nous sommes dans une banale province anglaise, là où deux communes se disputent un bout de territoire. La très snob commune de Pagford voit d’une très mauvais œil la commune nettement plus défavorisée de Yarvill s’étendre après avoir acheté des terres à l’aristocratique famille Pagfordienne : les Fawley. Surtout que sur ce territoire, ce sont des logements sociaux qui poussent. Le conflit entre les deux communes va s’exacerber à la suite du décès de Barry Fairbrother qui détient un siège au conseil paroissial de Pagford. Dès lors, il y a une place à prendre pour laquelle quelques familles vont se déchirer. D’abord, il y a ceux qui tiennent le haut du pavé à Pagford et qui entendent bien supprimer cette satanée clinique pour toxicomanes qui fait mauvais genre. Les Mollisson sont les plus farouches partisans de la suppression de cette clinique. A leur tête, nous trouvons l’épicier Howard Mollisson, sa femme, Shirley, et leur fils, Miles, marié à Samantha. De l’autre côté, il y a Colin Wall, très ami avec le défunt Barry Fairbrother, sa femme, Tessa, son fils qui se la joue mauvais garçon, surnommé Fats. Simon Price, son épouse, Ruth, et leur fils, Andrew, sont aussi de la partie. Entre ces deux camps, c’est la lutte pour la place : d’un côté, le Pagfordien Miles Molllisson se présente, de l’autre, Colin Wall et Simon Price, partisans du maintien de la clinique pour toxicomanes dans la commune. Cependant, un mystérieux hacker va s’en prendre au site du conseil paroissial et divulguer des secrets pas très nets sur les différents candidats. En réalité, les haines, les conflits et les tensions ne sont pas l’apanage des seules communes de Pagford et de Yarvill ; car c’est dans les familles mêmes qu’il faut chercher les délateurs. En réalité, ce sont des propres enfants de tous ces candidats qui, à la suite de violentes disputes familiales, se chargent de divulguer le secret de leur père. Andrew dévoile ainsi les différents trafics auxquels se livre son père, Simon, au sein de l’imprimerie dans laquelle il travaille ; Sukhvinder Jawanda révèle le fait que sa mère – médecin pro Yarvill – était amoureuse de Barry Fairbrother ; quant à Fats, il révèle les tendances pédophiles de son père, Colin, également proviseur du lycée de Yarvill. Cerise sur le gâteau, Andrew finit par se liguer avec son père – licencié après les révélations faites sur son compte – et révèle sur le site du conseil paroissial que le vieux Howard Mollisson couche avec sa collaboratrice Maureen. Mais cette lutte pour la place à prendre est davantage pimentée par des relations amoureuses vécues ou fantasmées. Nous nous attarderons particulièrement sur Krystal Weedon dont la mère, Terry, est toxicomane. Elle vit dans un logement social de la fameuse cité des Champs qui fait débat entre les deux communes. Même si la jeune fille est en échec scolaire, Barry Fairbrother croit en elle au point de la mettre en première ligne dans son équipe d’aviron. La jeune fille vit mal son décès d’autant plus que sa mère est en passe de perdre la garde du petit Robbie pour cause de toxicomanie. Pour s’en sortir, elle fréquente le fils du proviseur, Fats et espère tomber enceinte pour prendre son indépendance et sauver son petit frère de l’abandon dans lequel leur mère les précipite. Un jour, alors qu’elle fait l’amour avec Fats derrière des buissons dans ce but, l’enfant, qui joue non loin, glisse dans la rivière et se noie. Rongée par le remords et la culpabilité, Krystal se suicide. Et c’est sur cette double mort de deux enfants laissés pour compte – deux enfants qui auraient bien eu besoin de l’aide, dans tous les sens du terme, des uns et des autres, au lieu de ces conflits politiques déshumanisés qui n’ont abouti qu’au malheur – c’est sur ce double enterrement que chacun, à Pagford ou à Yarvill, vit mal à sa manière, que se referme cette saga sociale, familiale, sentimentale et singulièrement foisonnante écrite par J K Rowling.

          Ce résumé est décidément bien long ! Quand je pense que j’ai laissé de côté bien d’autres personnages et bien d’autres intrigues ! En réalité, Une place à prendre est un roman complexe qui met en relation les difficiles rapports des habitants de deux communes rivales. Cependant, ces personnages sont appréhendés dans leurs relations sociales, sentimentales et familiales. S’il y a effectivement une place à prendre au conseil paroissiale de Pagford, ce n’est pas dans leur contexte social mais dans leur contexte familial que les pires ennemis des candidats se trouvent. Ce sont, en effet, les rejetons des différents candidats qui détruisent leur légitimité à ce siège en jouant les corbeaux sur internet.

          Outre l’observation du mépris social des classes moyennes pour les classes défavorisées, une place à prendre propose aussi une vision noire des rapports humains. Au sein des couples, il y a de nombreuses tensions, des disputes, des non-dits. Je prendrai l’exemple de Samantha, l’épouse de Miles Mollisson qui rêve d’un chanteur à midinettes et subit le devoir conjugal avec résignation. Lorsqu’elle reçoit des gens à diner, elle boit trop et balance des horreurs sur son mari. Bonjour l’ambiance ! Les adolescents ne sont pas en reste. C’est avec une certaine justesse que JK Rowling les croque dans les préoccupations de leur âge : l’image d’eux-mêmes qu’ils renvoient aux autres, leur place dans la société, leurs histoires de cœur.

          D’ailleurs, l’amour, dans une place à prendre n’est jamais un sentiment heureux ou épanouissant.  Prenons l’exemple de Kay, l’assistante sociale qui s’occupe de Krystal Weedon. Elle s’est installée à Pagford pour se rapprocher de Gavin, le meilleur ami du défunt Barry Fairbrother. Cependant, celui-ci est amoureux de la veuve Mary Fairbrother qui le repoussera. Ainsi, les différents sentiments amoureux ne débouchent jamais – ou presque, car peut-être Andrew vivra-t-il son amour avec la fille de Kay – Gaia – qui jusqu’à présent n’était qu’indifférence  - dans le roman.

          Mais une place à prendre, c’est surtout une multitude de personnages très bien définis et nuancés, à la fois attachants et détestables. On déteste la vulgarité de Terri Weedon, droguée, incapable de s’occuper de ses enfants, mais on est touché par les efforts qu’elle fait pour se sortir de son addiction. Krystal est une fille à la fois dure et sensible : elle aime son petit frère et fait tout pour qu’il reste avec elle, même si le drame final vient mettre un terme à sa vie. Chacun a des forces et des faiblesses et on se laisse prendre émotivement par chacun d’entre eux.

          Reste à dire que parfois, JK Rowling donne dans la caricature, surtout lorsqu’il s’agit d’évoquer les milieux défavorisés : maison crasseuse, langage vulgaire, mais ce n’est pas tout ! Krystal se fait violer par Obbo, le fournisseur de drogue de sa mère… là, je dis, c’est quand même un peu trop.

          Inutile de dire que j’ai adoré Une place à prendre, et que je suis épatée par cette auteure que l’on consigne tous dans la case Harry Potter. Si dans votre bibliothèque, il y a une place à prendre, alors n’hésitez pas à la remplir avec cet excellent roman de JK Rowling.



11/12/2016
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