Jean-Paul Dubois : Vous aurez de mes nouvelles.

           Pour les afficionados de nouvelles courtes, à lire en dix minutes, je pourrais bien conseiller ce recueil écrit par Jean-Paul Dubois en 1991 et paru aux éditions Robert Laffont : vous aurez de mes nouvelles. Mais attention ! Dépressifs s’abstenir car la plupart des histoires ici racontées sont plutôt glauques et loin d’être gaies.

                  Ce qui relie l’ensemble de ces 28 histoires, c’est en effet le thème de la perdition, de l’errance, du mal-être : tous les personnages sont croqués à un moment tragique de leur vie, un moment où tout peut basculer. Dans le bonheur et l’espoir, certes, mais souvent dans le suicide ou dans l’attente de la mort.

              Pourtant, la première nouvelle est plutôt optimiste : dans je crois qu’on va bien rigoler, nous sommes face à un homme et à une femme  qui vont devenir parents. Cependant, ils o
nt une vie dépressive : pas de travail stable, de longues journées à glander sur le canapé, une histoire d’amour qui s’effiloche… Leur décision est prise : Anna va avorter. Cependant, à l’hôpital, tout bascule et le couple s’enfuit en voiture : après tout, cet enfant, c’est la chance de leur vie, la chance d’un nouveau départ. Mais des nouvelles de cet acabit, qui se terminent plutôt bien, on n’en trouve que deux ou trois dans ce recueil.

                   Dans la plupart des nouvelles, le basculement se fait vers le vide : la mort, le suicide, en premier lieu. La vie est un sport individuel clôture le recueil sur une note suicidaire, puisque l’histoire évoque une dérive de trois années, entre une femme acariâtre et un chien agressif. La noyade sera la seule solution envisagée par le narrateur. Dans mon histoire, le héros est un écrivain en panne d’inspiration, houspillé par son épouse. Il la met à la porte avant de commencer à raconter son histoire, puis de décider qu’il préfère la garder pour lui… Le suicide est évoqué en filigrane.

                    Les ambiances qui se dessinent dans ces histoires sont toujours, soit glauques et étouffantes : par exemple, dans la vie des abeilles, on est enfermé dans un hôpital psychiatrique, dans les sentinelles, on est enfermé dans la maladie cardiaque et le héros est la proie des médicaments qui, certes, lui permettent de vivre, mais ôtent tout sens à sa vie, car il n’a plus droit à aucun plaisir… seulement au repos des sens et du corps. 

                 Toutefois, de nombreuses nouvelles ont aussi pour cadre le voyage et les grands espaces : mais cette liberté spatiale ne change rien au désespoir dans lequel se trouve le héros. Ambiance de bout du monde dans : « prends bien soin de toi »… dernière phrase prononcée par son épouse au héros qui la quitte et qui roule, roule, sur le bitume de l’ouest américain. Direction : la frontière mexicaine, peut-être. A chaque fois, l’espace ouvert donne paradoxalement le sentiment qu’on ne peut s’en sortir ailleurs… Les personnages errent, sans savoir ou aller, avec le désir de revenir.

De manière générale, Jean-Paul Dubois aime croquer ses personnages au moment où la dépression se fait sentir de manière très intense : le matin. Mauvais réveil, petit jour poisseux, on allume une cigarette, on boit un café, on se rend au toilettes et on se demande ce qu’on va bien pouvoir faire de toutes ces heures qui n’ont pas plus d’importance que celles d’hier ou celles du lendemain.

               Cependant, on peut aussi relever, dans vous aurez de mes nouvelles, quelques histoires très drôles et originales : dans la douceur des intestins, un patient décide d’interrompre une psychanalyse qui ne lui apporte rien et vide son porte-monnaie. C’est alors qu’il découvre la folie du thérapeute, si calme, d’habitude… folie qui dépasse les bornes, finalement. Dans Vernissage, nous sommes plongés au cœur d’une soirée qui inaugure l’exposition d’un peintre. Il n’y a que des homosexuels, et notre héros commence à en avoir assez des piailleries, des rails de coke, des parties « pipes et sodomie » dans les chiottes… Surtout que notre héros est singulièrement homophobe. Il repère une belle blonde, peu farouche… Il monte avec elle, se délecte par avance de ce corps fantastique qu’il devine sous sa robe. Et fichtre ! C’est un travelo ! Tant pis… Finalement, ce n’était pas si mal !

            Bref, pour résumer globalement, vous aurez de mes nouvelles est un recueil de bonne facture, qu’il ne faut pas lire d’une seule traite, car il manque un peu de variété dans les types de personnages qu’il évoque. Certaines nouvelles sont plus réussies que d’autres, certaines sont parfois insignifiantes car elles se résument à une dizaine de lignes (par exemple : le temps qui manque)… Et surtout, se procurer un livre un peu plus joyeux pour se divertir parallèlement à toutes ces nouvelles que Jean-Paul Dubois nous envoie !



29/11/2014
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