Lucia Etxebarria : sex & love addicts / Aucun risque d’addiction.

 

              On est tous plus ou moins des sex & love addicts : le tout est dans la formulation qui ici, se veut trash, tandis que le fond est on ne peut plus banal : aimer, être aimé, c’est là ce qui fait courir quasiment tout le monde. Quant au roman écrit par Lucia Etxebarria, sex & love addicts, paru en 2010 aux éditions Héloïse d’Ormesson, il est tout sauf trash ! Et si on enlève ce paramètre principal de la recherche du trash – raison pour laquelle on s’est mis à lire ce livre - il faut bien dire qu’il ne reste plus grand-chose !

            Pumuky, chanteur du groupe pour midinettes des sex & love addicts est retrouvé mort dans une clairière non loin de Madrid. Qui a fait le coup ? Est-ce un suicide ? Tour à tour, des personnages plus ou moins proches de Pumuky prennent la parole et témoignent de ce qu’ils savent du chanteur décédé. Entre autre, une de ses maîtresses, Olga, son ami Romano, bassiste du groupe, la mère de Romano, ou encore Valéria, une autre de ses maîtresses. Cependant, personne ne sait exactement ce qui s’est passé dans la clairière où Pumuky s’est soi-disant rendu pour s’exercer au tir (il est en effet inquiété par des dealers, ces derniers temps). Le lecteur ne saura donc rien de la mort de Pumuky.

             Et le lecteur s’en fiche ! Car véritablement, on se demande si Pumuky et ce qui lui est arrivé est le centre d’intérêt du roman. Comme je l’ai dit plus haut, les gens qui témoignent le connaissaient finalement assez peu, ou n’ont pas vraiment envie de parler de lui, trop centrés qu’ils sont sur leur ego. Là où le portrait diffracté aurait été intéressant à construire – et c’est ce qu’annonce Lucia Etxebarria, lorsqu’elle dit que nous ne connaissons qu’une infime partie de la vérité – l’auteur nous livre un portrait monolithique et stéréotypé d’un chanteur pour midinettes très beau, mais très mal dans sa peau, drogué, alcoolique, brûlant la vie par les deux bouts… La fin nous entraîne sur la piste d’une vague homosexualité refoulée, là encore, stéréotype à la Ricky Martin : obsédé par le souvenir de sa mère décédée par overdose, Pumuky aurait été abusé dans son enfance, et depuis, serait amoureux de Romano (le bassiste du groupe) avec lequel il aurait eu une vague liaison et duquel il s’acharne à piquer les nanas.

          En réalité, il semblerait plutôt que le personnage de Pumuky soit un prétexte aux divers témoignages qui sont autant de portraits – plutôt de femmes - là encore, extrêmement monolithiques et stéréotypés. Entre Olga, la quarantaine sexy, bossant dans le show-biz, et collectionnant les amants plus jeunes, Valéria, la jeune bombe anorexique qui fait tourner la tête de Romano et de Pumuky, Sabina, 53 ans, mère de Romano, intello pas très jolie mais impeccablement nippée, et quelques autres encore, rien de bien révolutionnaire, rien de bien original : on trouve ce genre de femmes stéréotypées dans les romans « pour nous les filles ». 

              En outre, lorsqu’on met ensemble tous ces portraits que propose le roman, on est finalement face à des personnages qui se croisent, se rencontrent, tombent amoureux ou autre dans un microcosme bien particulier : celui du gotha branché madrilène. C’est donc là la toile de fond que brosse Lucia Etxebarria dans sex & love addicts qui se veut être, à ses heures perdues, un roman social. Alors, je vous le donne en mille ! Quelles sont les caractéristiques de ce petit monde plein aux as ? Sexe, drogue et m’as-tu vu… Je parie que vous ne l’auriez pas deviné !

              Et oui, dans les familles des trois garçons du groupe, on divorce, on couche à droite, à gauche, mais toujours entre gens de bonne facture. Les trois garçons du groupe –Mario, Romano, et Pumuky – ne demandent pas leur reste… d’ailleurs, Mario couche même avec la nouvelle femme de son père, la jeune Lola. La coke et l’alcool sont aussi courants que les tartines au petit-déjeuner… quant à la vraie vie, c’est la nuit qu’elle a lieu : dans les boîtes, les restos et les bars branchés de Madrid. Inutile de s’attarder sur les marques de fringues et de chaussures qu’arborent nos personnages… On les connaît déjà si on a eu la curiosité de feuilleter Elle Magazine dans la salle d’attente du dentiste.

              Bref, avec sex & love addicts, on est à mi-chemin entre le roman pour nana exclusivement, et le roman dans le style Jay McInerney « I love New York, I’m a New York addict » sauf qu’ici, on est à Madrid. Par ailleurs, le fait d’avoir choisi pour ce roman le personnage de Pumuky comme centre d’une intrigue qui ne se construit jamais enlève tout intérêt aux divers témoignages qui finissent par ressembler à Voici rubrique « qui couche avec qui » ; or, le lecteur se fiche de ces nanas et de ces quelques garçons qui viennent raconter leurs nuits madrilènes et torrides sans rien apporter à l’intrigue pseudo-policière du roman. D’ailleurs, au bout de deux jours, le lecteur a tout oublié des personnages, car les diverses coucheries et les différents témoignages sont épars et ne finissent jamais par se rejoindre et constituer une intrigue mémorable. 

           Reste donc à l’esprit la peinture du monde hype de Madrid : un monde superficiel, perpétuellement insatisfait, à la recherche du plaisir immédiat, avec son lot de névroses derrière le clinquant. Un ensemble bien conventionnel et traité de manière très fade… en aucun cas, je n’ai eu l’impression d’être la proie d’une quelconque addiction à ce roman.



26/12/2014
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