Marian Keyes : Un homme trop charmant/ Un roman au charme incertain.

          Si les hommes charmants existent, les hommes trop charmants suscitent la méfiance : trop beaux pour être honnêtes. C’est sur ce constat simpliste et un tantinet caricatural que se base toute l’intrigue d’un mauvais roman que j’ai pourtant apprécié – mais nul n’est parfait. Un homme trop charmant écrit par Marian Keyes en 2008 et paru en 2009 aux éditions Belfond, conjugue donc les recettes du roman « pour filles » tout en se vautrant dans l’invective féministe de mauvais aloi.

          Trois femmes, trois destinées qui croisent un même homme : Paddy de Courcy. Tout d’abord, nous rencontrons Lola qui vient de se faire jeter par l’homme charmant ci-dessus mentionné. La jeune femme est en pleine dépression : Paddy va se marier avec une certaine Alicia Thorton, raison pour laquelle il ne veut plus d’elle. Pour se ressourcer, la jeune femme se rend dans le comté de Knockavoy, dans une petite maison tranquille. Là, elle fait la connaissance d’un voisin assez atypique : Rossa Considine. L’homme aime se travestir en femme et Lola, qui travaille dans la mode, se retrouve assez vite dans un rôle, lui aussi, atypique : elle organise des soirées pour travestis. Dès lors, on imagine la suite - sans aucune originalité - les deux loustics tombent amoureux et c’est pour eux, le  happy end sûr et certain. Puis vient Marny. C’est la seconde héroïne du roman : autrefois, elle fut la maîtresse de Paddy, mais auprès de lui, elle a vécu l’enfer : l’homme la battait et la rudoyait constamment. Aujourd’hui elle est mariée à un certain Nick, elle a deux enfants, mais elle boit et son mariage bat sérieusement de l’aile : Marny réussira-t-elle à faire le deuil de cette  histoire d’amour destructrice qu’elle a vécue auprès de Paddy de Courcy ? Reste Grace, la sœur jumelle de Marny. Elle est journaliste, elle voudrait devenir une grande, mais dans ce milieu de requin, évoluer est difficile. Cependant, la jeune femme est l’amie de la présidente d’un parti irlandais : Le New Ireland dirigé par Dee Rossini. Or, Paddy est, lui aussi, un élément influent de ce parti. Par ambition, il tente de ruiner la réputation de Dee au moyen de calomnies. C’est alors que Grace cherche à rassembler toutes les ex-petites amies de Paddy car il est clair que l’homme est violent, que l’homme bat les femmes et leur fait subir toutes sortes de sévices. Paddy est donc finalement confondu et sa carrière est ruinée. Tout finit donc bien pour nos trois héroïnes qui trouvent ou retrouvent l’amour, un amour au départ compromis par ce terrible Paddy de Courcy.

          Un homme trop charmant se présente comme un roman à trois voix et fait alterner les chapitres concernant chacune des trois héroïnes ; petit bonus pour le lecteur idiot qui n’aurait pas compris qu’on change d’histoire et de personnage régulièrement : chaque héroïne se voit attribuer une calligraphie spéciale qui lui est propre afin, je suppose, de l’identifier.

          Nos trois héroïnes, donc, ont aussi un caractère propre, plutôt simple et simplifié et assez conforme à ce qu’on trouve dans les romans « pour filles ». il y a la débrouillarde – Grace – qui arrive à tendre un piège à l’homme qui a détruit sa vie et son mariage : Paddy de Courcy. Il y a la zozote – Lola qui se retrouve embringuée dans une histoire de soirées travesties qui lui permettent de rencontrer un nouvel amour. Enfin, il y a la dépressive – Marny – qui se biture à longueur de temps, mettant en danger son mariage. Toutes les trois sont tombées sous le charme de Paddy de Courcy qui leur a fait vivre l’enfer, notamment en usant de terribles violences contre elles. Là où on ne comprend pas trop le schmilblick, c’est que Marny en est encore à boire comme un trou alors que l’histoire qu’elle a vécue avec De Courcy est loin derrière elle et qu’elle est mariée et mère de deux enfants. Bref : il fallait bien enfoncer le clou : cet homme charmant détruit des vies et le temps passé depuis n’y change rien.

          Là où le roman fait preuve d’originalité, c’est qu’il a une partie sombre, chose assez rare dans les romans « pour filles ». En effet, il est question des violences faites aux femmes dans ce roman et là-dessus, le ton est sérieux. C’est peu à peu que Marian Keyes dévoile l’âme sombre de Paddy de Courcy. C’est Lola qui la première met la puce à l’oreille du lecteur, puisque Paddy, lors de leur première rencontre, emmène la jeune femme dans un magasin de lingerie équipé d’un showroom conçu pour les voyeurs. Ainsi, dès le départ, Lola offre à son futur amant un numéro de strip-tease très chaud. Et puis, progressivement, la violence vient couronner le tout : c’est à Marny que revient la charge de dévoiler cette part sombre de l’homme si charmant. Je dois dire que la scène de strip-tease dans une cabine équipée d’un judas ne convainc personne. On se demande bien quel homme proposerait une telle affaire à la femme qu’il cherche à séduire. Quant à Lola, elle se prête au jeu alors qu’elle n’est pas du tout une fille délurée. Bref, c’est par plusieurs coups de pinceaux successifs que Marian Keyes brosse le portrait de Paddy de Courcy, mais les traits de ce personnage sont dénués de finesse, caricaturaux, et parfois inconcevables.

          On rit aussi de la manière dont Grace confond le méchant bonhomme : une réunion idiote de toutes les femmes qu’il a battues dans l’appartement du loustic pour le confondre et… horreur ! Il ose se moquer d’elles ! La vengeance sera terrible. Reste à trouver celle qu’il aura battue et qui aura suffisamment de poids pour l’inquiéter : ouf ! On parvient à dénicher, dans le passé de De Courcy une top model devenue célèbre dont la parole publique est enfin prise au sérieux !

         Alors pourquoi ai-je finalement plutôt aimé ce roman ? Je ne saurai l’expliquer. Je déplore encore une chose (qui n’explique donc pas pourquoi j’ai apprécié le roman) : finalement, le véritable Dom Juan de l’histoire, c’est Rossa Considine, un homme qui aime se travestir en femme. C’est alors qu’on bascule dans le grand stéréotype à la mode de maintenant de « l’homme parfait est celui qui assume sa féminité ». Je ne suis pas convaincue que les femmes, dans l’ensemble, trouvent du charme aux travelos, mais sur ce sujet… peut-être les homos aiment-ils ça ?

          Alors, vraiment, je ne sais pas à qui recommander ce roman ! 



28/05/2016
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