Mark Gartside : Ce qui restera de nous/De ce roman ? pas grand-chose !

 

                Lorsqu’on a ce livre de Mark Gartside - ce qui restera de nous paru en 2013 aux éditions Belfond – on se demande à laquelle de ses faces il faut se fier :   à la quatrième de couverture qui insiste sur la peinture sociale que propose le roman ? (de l’Angleterre sous Margareth Thatcher à celle de Tony Blair) ou à la couverture qui offre à voir un petit couple bien propre sur lui : ils sont jeunes, beaux, ils s’aiment et auront sans doute beaucoup d’enfants ? Réponse dans la suite de cet article.

                Dans les années 80, Graham Melton rencontre Charlotte Marshall. Rien de les prédestinait à s’aimer aussi fort. Il est fils d’ouvriers fortement ancrés à gauche, elle est fille de bons gros bourgeois bien conservateurs. Pourtant, entre eux, c’est à la vie, à la mort : ils se marient et ont un fils, Michaël. Mais un jour, Charlotte a des maux de tête et décède. Pour Graham, c’est la descente aux enfers ; il se met à boire et n’est plus capable d’élever son fils qui sera confié pendant quelques temps à ses grands-parents. Vingt quatre ans plus tard, Graham s’est plus ou moins sorti de la dépression mais n’a toujours pas refait sa vie. Son fils, Michaël, prend les amours de son père en main et l’inscrit sur un site de rencontres. C’est ainsi que Graham rencontre Pippa dont il tombe amoureux. Mais un jour, il aperçoit la jeune femme avec un autre homme et décide de rompre sans aucune explication. Il souffre beaucoup… et les galères ne sont pas finies ! Son fils, Michaël se retrouve dans le coma à l’hôpital : le pauvre garçon s’est fait tabasser par l’ex-petit copain de sa petite amie, Carly. Mais tout est bien qui finit bien ! Graham se réconcilie avec Pippa, la doctoresse qu’il aime encore et toujours et qui a sauvé son fils, Michaël, tandis que Connor, le responsable du drame, est condamné à 18 mois de prison.

                Le roman se présente sous forme de chapitres qui font alterner les époques de la vie de Graham : nous plongeons, d’une part, dans les années 80, époque du couple Graham-Charlotte, et d’autre part, de nos jours, époque du couple en devenir Graham-Pippa. Cette alternance est sensée couvrir la vie du héros, mais aussi donner une perspective socio-économique à l’ensemble : confronter l’époque Thatcher et l’époque Blair. « En voilà un roman intéressant », se dit-on ! Mark Gartside serait-il un nouveau Jonathan Coe ? Hélas ! On est bien loin du compte et ce, à tous les niveaux !

                Oublions de suite la perspective socio-économique de ce roman : Mark Gartside n’offre ici que des considérations populistes du niveau d’un demeuré mental. Par ailleurs, ces considérations sont totalement parachutées et globalement très peu présentes dans l’économie d’ensemble du roman. Ainsi, dans les années 80, les ouvriers étaient-ils sous-payés, exploités, traités de manière indigne par la politique ultralibérale menée par la dame de fer… mais au moins, ils avaient du boulot ! Aujourd’hui, les jeunes sont devenus des délinquants. Leurs parents sont au chômage, alors, quel avenir ont-ils ? Je vous le demande bien ! Mais laissons un peu la parole à l’auteur sur ce sujet (pas trop quand même).

                « Tommy avait raison. Dans les années 1980, Connor aurait travaillé en usine, sous la double autorité du responsable d’équipe de qui dépendait son salaire et d’un délégué syndical qui le maintenait dans le droit chemin. De nos jours, il rôdait dans une cité dégueulasse en quête d’une bonne bagarre pour tromper l’ennui. C’était comme ça dans plein de coins du pays, et tout le monde avait l’air de trouver ça normal. Il était plus facile de déguster du chardonnay australien élevé en fût de chêne dans les bars de villages bobos et d’éviter la jungle des centres-villes que de changer cet état de choses. Pendant ce temps, des hordes d’adolescents à moitié sauvages engloutissaient de l’alcool frelaté fon marché et échappaient à toute autorité. »

                Et pour couronner le tout, l’auteur, qui semble quand même avoir des idées de gauche, condamne Connor, le pauvre gosse des banlieues qui traine dans la rue et se bagarre avec Michaël - le fils de Graham -  qu’il envoie à l’hôpital. Et d’ajouter quelque chose comme «18 mois de prison, c’est pas beaucoup ! ». Bien sûr, d’un côté, on a les pauvres gosses qu’on laisse sur le carreau, dommage collatéral d’une société capitaliste, et de l’autre, ces mêmes pauvres gosses qu’il faut flanquer en prison parce que ce sont des bons à rien. On n’est pas loin des analyses socio-économiques niveau front national… mais je crains bien que l’auteur n’en a pas tellement conscience. Alors, voyons un peu si la vie de Graham a un peu plus d’intérêt.

                Bof. Non. Pas vraiment. Graham accumule les galères : mort de l’amour de sa vie : Charlotte, dépression, alcoolisme, fils dans une situation critique à l’hôpital, rupture avec Pippa, son nouvel amour… Mark Gartside devrait postuler pour une place de scénariste pour Amour, gloire et beauté, car toute ressemblance avec les mauvaises et pitoyables séries destinées aux ménagères dont le but de la vie est de faire le ménage, n’est peut-être pas tout à fait fortuit ! Disons que c’est peut-être là que notre écrivain puise son inspiration.

                Bien évidemment, les bons sentiments sont toujours au rendez-vous, dans Ce qui restera de nous. Par exemple, Richard. Richard est le frère de Charlotte. C’est un bourgeois à la mentalité bourgeoise qui n’aime pas le mari de sa sœur, le bien trop modeste Graham. Mais Richard sera bien puni par la vie ! Bien fait ! Ça l’apprendra à ne pas voir plus loin que l’idéologie inhérente à sa classe d’origine. Il sera bien mal marié, à une bourgeoise dépensière et superficielle, et sa carrière connaîtra des bas qui lui coûteront son mariage. Cependant, au moment de l’accident de Michaël, les deux hommes se rapprocheront et feront la paix ! Cool !

Ainsi, si Mark Gartside se demande ce qui restera de son roman, la lectrice que je suis lui répond : rien. Désolée ! La question n’est même pas digne d’être posée… et j’aurais bien du m’en rendre compte avant de plonger dans cette lecture.



31/01/2015
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