Monica Ali : En cuisine / Le grand Beurk est au menu !

                A la veille des fêtes de Noël et du nouvel an, quoi de plus agréable que de passer des heures en cuisine à travailler les plus beaux mets pour en faire les plats les plus exquis ? En tout cas, je vous conseille de ne pas perdre de temps avec la cuisine de Monica Ali qui avec son roman En cuisine, paru en 2009 aux éditions Belfond nous sert une bouillie insipide.

                Gabriel Lightfoot  est chef des cuisines de l’hôtel impérial, à Londres. Il a une petite amie : Charlie, et songe à quitter l’hôtel pour ouvrir sa propre affaire de restauration. Un jour, un plongeur, Youri, est retrouvé mort dans les caves de l’hôtel. Il s’agit d’un accident. C’est alors que Gabriel rencontre Lena, qui vivait dans la cave avec Youri. Intrigué par la jeune femme, il l’héberge. Lena le fascine, et très vite, il entame une liaison avec la jeune femme, liaison qui compromet sa relation avec Charlie. Gabriel découvre alors la vie des travailleurs étrangers : nombreux sont sans papier, exploités par la direction de l’hôtel, notamment Gleeson, le directeur de la restauration qui a monté un réseau de prostitution qui passe par l’hôtel, mais également par une ferme clandestine où les travailleurs subissent des conditions de travail exténuantes. Pour Lena, Gabriel retrouve un homme mystérieux dont on ne sait s’il est son frère ou son amant : Pavel. Toutes ces enquêtes finissent par ruiner sa vie : Lena le quitte, son projet de restaurant est compromis puisque Gabriel se brouille avec ses collaborateurs. Mais il reste la famille… sa sœur, Jenny, et surtout Charlie qui semble bien décidée à tout pardonner.

                Il faut bien dire qu’avec En cuisine, Monica Ali nourrit de grandes ambitions mais aucune d’entre elle ne trouve d’aboutissement satisfaisant. En effet, le roman tente d’explorer une veine sociale, une veine policière et une veine humaine mais l’ensemble reste superficiel, convenu, ennuyeux, sans véritable inspiration et sans aucun souffle.

                Voyons tout d’abord l’aspect social du roman. Le point de départ de toute l’affaire, c’est la mort de Youri, un étranger sans papier qui vit comme un rat, en clandestinité, dans les caves du restaurant où sévit Gabriel. Notre héros va donc se trouver confronté au monde des immigrés, particulièrement ceux des pays de l’Est, d’où vient Léna, la fille dont il ne tarde pas à tomber amoureux. La plongée dans l’univers de la prostitution des filles de l’Est se résume à quelques scènes rapides de confidences entre amants, et de quelques autres scènes au cours desquelles Gabriel est le témoin d’activités troubles se déroulant au sein même du restaurant où il travaille. Inutile de dire à quel point ce thème de la prostitution en réseau est traité de manière superficielle et relâchée : quelques bribes par ci par là, rien de bien fouillé, rien de bien intéressant. De manière plus générale, Monica Ali inscrit son roman dans une Angleterre multiraciale et en pleine mutation. Le père de Gabriel travaillait dans une usine de filature dans un pays très industrialisé où les immigrés venaient travailler. Or, aujourd’hui, les industries ferment les unes après les autres, le pays délocalise sa production… par contre, le racisme est toujours le même. Toutes ces considérations se font au travers de dialogues entre différents personnages, notamment entre le père et le fils. Chacun y évoque platement son point de vue sur la société, sur les étrangers, sur la culture anglaise en perdition. Toutes ces conversations sont presque aussi intéressantes que celles qu’on entend dans les bistrots. C’est dire si on s’ennuie à les parcourir !

                Voyons maintenant l’aspect policier du roman. Le tour du problème sera vite fait : on est ici proche du néant absolu. D’abord, la mort de Youri avec laquelle l’œuvre débute s’avère être accidentelle et donc d’un intérêt très limité. Cependant, c’est grâce à cet événement que Gabriel va rencontrer Léna. L’homme entreprend des recherches très superficielles et sans intérêt narratif afin de retrouver de l’argent dans la cave – mais il a disparu, ouf ! On va pouvoir passer à autre chose !  - et Pavel. C’est par hasard qu’il va retrouver ce dernier, donc, on se fiche de toutes ces errances d’un héros qui ne sait pas vraiment par où commencer. D’ailleurs, la plupart du temps, Gabriel fait autre chose et ne consacre que peu de temps à l’enquête… il faut dire que notre personnage est en pleine crise, comme l’Angleterre ! Fichtre !

                Nous finirons donc par l’aspect humain du roman. A un pays qui traverse une crise socio-économique correspondent des personnages en proie à la déroute. A commencer par le héros, Gabriel, victime d’une dépression au cours de laquelle il se remet en cause. Et c’est la valse hésitation entre deux femmes, Charlie et Léna, entre deux avenirs : monter sa propre affaire ou continuer à faire tourner celles de L’impérial. Et puis, on ne coupe pas à la famille en pleine perdition : le père atteint d’un cancer incurable, la grand-mère victime de la maladie d’Alzheimer, la mère déjà morte depuis longtemps mais à l’époque sujette à des troubles bipolaires. Le monde familial est doublé par un monde professionnel marqué comme j’ai déjà pu le dire par l’immigration. C’est ainsi que Gabriel est entouré d’hommes et de femmes déracinés et solitaires, en proie au mal du pays, à l’alcoolisme et autres réjouissances convenues. Ainsi, l’univers humain dépeint par Monica Ali est-il plutôt sombre, désespérant et prodigieusement ennuyeux car évoqué sans aucun relief, sans aucune passion. Les gens sont là, ils travaillent,  ils discutent, ils se plaignent, ils meurent et autres activités quotidiennes ou non et ainsi va la vie.

                Ainsi faut-il se méfier du menu plutôt alléchant inscrit en quatrième de couverture du roman qui promet une lecture riche et profondément réjouissante. L’auteure est une très mauvaise cuisinière qui a oublié en route la moitié de ses ingrédients et toutes les épices ; elle nous livre une mixture insipide et indigeste. Un véritable « Cauchemar en cuisine » que même Gordon Ramsay n’arriverait pas à conjurer !



21/02/2015
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