Philippe Cohen-Grillet : Haut et court/Des hauts et des bas.

 

       C’est un fait divers, une tragédie familiale survenue en Septembre 2007 à Coulognes dans le Pas-de-Calais qui a donné à Philippe Cohen-Grillet l’idée de ce roman : Haut et court paru en 2012 aux éditions Le dilettante.

        Une famille entière est retrouvée pendue dans le salon d’un pavillon d’une petite ville du Pas-de-Calais. Que s’est-il passé ? Il s’agit sans doute d’un suicide collectif, mais aucune raison n’explique ce geste. Alors Philippe Cohen-Grillet imagine ce qui a bien pu pousser quatre personnes d’une même famille – le père, la mère, le fils, la fille – à se pendre ensemble, à l’unisson. C’est l’histoire d’une certaine décadence, notamment professionnelle et financière pour les parents. La fille qui travaille comme employée à l’auto-école du coin voit ses heures diminuer du fait d’un passage à vide de l’affaire. Quant au fils, qui est le narrateur de toute l’histoire, il est manutentionnaire dans un supermarché. Il tombe amoureux de Caroline qui travaille en tant que bénévole pour la banque alimentaire : elle vient récupérer les denrées presque périmées pour les redistribuer aux différentes associations alimentaires caritatives. Mais un jour, elle disparait. D’ailleurs, le directeur du supermarché décide de vendre les denrées presque périmées en cassant les prix. Les deux jeunes gens n’ont donc plus de raison de se voir. Après le suicide de toute la famille et l’enterrement de ses quatre membres, Caroline vient déposer une fleur sur la tombe : certes, sans doute, un avenir plus rose était envisageable… mais c’est trop tard.

            Haut et court est un roman assez agréable à lire, malgré son manque de consistance ; il est sûr que ce livre ne me laissera pas un souvenir impérissable. Pour raconter l’histoire étrange de cette famille, Philippe Cohen-Grillet choisit le fils comme narrateur. Depuis le monde des morts, il prend la parole et retrace ses dernières semaines de vie ainsi que les premiers jours après le suicide : l’enquête de l’inspecteur Benoît qui ne sait que penser de ces quatre morts : un meurtre ? Un suicide collectif ? Il faut dire que la lettre laissée par la famille s’est envolée et a atterri derrière le bahut du salon : personne ne connaîtra jamais les motivations qui ont poussé cette famille à commettre l’irréparable. C’est donc avec un ton assez détaché que le fils raconte le suicide : comment il est allé chercher les cordes au magasin, comment il a fait les nœuds. Des tomates farcies sont prévues au menu du dernier repas, mais, pressé d’en finir, le père entraine sa famille dans le suicide le ventre vide. Je ne sais si ce ton est bien adapté à l’événement tragique dont il est question. Ce qui est sûr, c’est qu’il est en décalage surprenant avec le sujet traité, ce qui rend l’ensemble plutôt amusant. Cependant, le revers de la médaille, c’est que rien, dans ce roman, n’est très marquant : il ne contient pas de relief tragique, rien de vraiment accrocheur.

           Par ailleurs, ce geste curieux de se suicider en famille n’est absolument pas amené, éclairci par le roman. On sait que l’explication est dans une lettre qui s’est malencontreusement envolée et dissimulée derrière un bahut, et son contenu n’est par conséquent pas révélé au lecteur. Mais il faut bien dire que rien n’est désespéré dans la vie de cette famille modeste du Nord comme il y en a tant. Quelques difficultés d’ordre professionnel, une amourette pas vraiment engagée pour le fils. Alors, pourquoi ce suicide ? La réponse fait partie de ce qu’on attend de ce roman, et sur ce point, il nous déçoit.

           Enfin, pour une fille du Nord que je suis… que dire de l’image de cette région qui est encore une fois véhiculée ici ?  Négative, comme vous pouvez vous en douter. Un univers gris, tout de bitume composé. Pas d’espace naturel. Le fils travaille dans un supermarché, il va au Leroy-Merlin, au Décathlon de la zone commerciale du coin. La fille travaille dans une petite affaire d’auto-école. On est donc dans un univers de « cinéma-vérité » où tout est déprimant. Et que dire de l’histoire de Francis, le collègue de Caroline ? Homosexuel, ancien professeur accusé de pédophilie… on se souvient d’Outreau. Et que dire de cet univers de banque alimentaire ? De récupération des produits à la limite de la date de péremption ? Il faut dire que le Nord, c’est bien une région craignos, pouilleuse, où les affaires sordides et la pauvreté sont le lot quotidien ! N’est-ce pas ?

            Bref, si Haut et court constitue une lecture plutôt agréable, il n’est pas exempt de défauts surtout au niveau du fond et des a priori qu’il véhicule. Ainsi, on ne pend pas haut et court ce livre. On ne l’assassine pas, mais on lui inflige quand même une petite correction bien méritée !



13/12/2015
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