Richard Montanari : Psycho /Psychédélique !

     Il est tellement rare de tomber sur un thriller qui nous prend de la première à la dernière page que lorsque le phénomène se produit, il est réjouissant de le souligner. C’est le cas de ce roman de Richard Montanari intitulé Psycho et paru en 2007 aux éditions du Cherche Midi.

     Nous sommes à Philadelphie et depuis peu, une série de meurtres étranges se produit. C’est par l’intermédiaire de cassette vidéo que sont découvertes ces affaires criminelles car le meurtrier filme ses crimes selon des scènes célèbres vues dans des films mythiques. La première victime est assassinée dans un motel assez glauque selon le scénario de la scène de la douche dans Psychose d’Hitchcock. Le snuff movie a été intégré dans une cassette vidéo de location. D’autres meurtres seront perpétrés notamment celui qui reproduit la scène où Glenn Close est tuée par Michaël Douglas dans Liaison fatale. L’inspecteur Byrne et sa coéquipière Jessica Balzano, entre autres, sont sur l’affaire. Cependant, l’inspecteur Byrne est tracassé par une autre affaire : l’assassin Julian Matisse vient d’être remis en liberté grâce à un faux témoignage et Byrne ne compte pas lâcher l’affaire. D’autant plus que ce dangereux psychopathe a défiguré au scalpel la femme dont il tombe amoureux. Cependant, les deux affaires ne vont pas tarder à se rejoindre puisque Matisse est retrouvé assassiné de manière atroce : découpé à la tronçonneuse. L’enquête mène la police dans le milieu crade de la pornographie SM. Bientôt, le lien entre les victimes se dessine : toutes ont travaillé sur le tournage d’un film plutôt trash intitulé la peau de Philadelphie.  Le meurtrier sera-t-il bientôt démasqué ?

     Avec Psycho, Richard Montanari réalise un thriller aussi palpitant que celui de Dan Brown : Le Da Vinci code. Si j’utilise cette comparaison, c’est parce qu’on peut dire que les deux œuvres utilisent les mêmes ficelles. Le roman est construit, en effet, selon une succession de petits chapitres qui débouchent souvent sur un effet d’attente pour le lecteur, voire même sur un rebondissement. Mais la curiosité du lecteur ne sera pas immédiatement satisfaite puisque le chapitre suivant se focalise sur une action liée à un autre personnage. Au départ, le thriller multiplie les personnages qui ne sont reliés que par bien peu de choses. Nous suivons entre autre, l’inspecteur Byrne, obsédé par la libération inadmissible du meurtrier Julien Matisse. Jessica Balzano, de son côté, mène l’enquête sur les crimes filmés retrouvés dans des cassettes vidéo de location, ce qui l’entraine sur les pistes de victimes diverses qu’on cherche à rapprocher. Et puis, il y a Ian Withestone, le metteur en scène et son assistant trouble, Seth Goldman : des victimes faisaient partie du tournage de leur dernier film. Quant au meurtrier, les chapitres qui lui sont consacrés sont écrits à la première personne du singulier : nous sommes donc dans la tête du tueur et nous nous demandons qui il est parmi tous ces personnages qui déambulent dans l’histoire. Le lecteur va soupçonner tantôt l’un tantôt l’autre, par des recoupements d’indices laissés dans d’autres chapitres. Progressivement, les liens entre les personnages vont converger vers l’équipe qui a participé à la réalisation d’un film pornographique : La peau de Philadelphie. Mais le dénouement est décevant car le meurtrier n’est finalement aucun des personnages qu’on a pu soupçonner par ailleurs : il débarque tel un deux ex machina : il s’agit de Mark Underwood, le petit ami d’Angelika Butler qui a trouvé la mort sur le tournage. Ainsi, le meurtrier voulait-il s’en prendre à tous ceux qui ont participé à ce film, mais aussi à leurs proches.

     Autre qualité de ce thriller, il bénéficie d’une atmosphère sombre : l’enquête mène les inspecteurs dans les milieux glauques de la pornographie, dans des clubs pas très recommandables, mais aussi dans des motels délabrés qui accueillent une clientèle pas très nette. Et puis, nos deux inspecteurs sont également marqués par des problèmes personnels qui assombrissent leur personnalité. Byrne, touché par une balle, diminué, songe à quitter le métier… mais sa petite amie a été victime de Julien Matisse alors il décide de traquer cet homme qu’il hait profondément. Jessica, de son côté, connait de graves difficultés conjugales. Bref, la vie de nos deux inspecteurs est aussi empreinte d’une certaine noirceur et leur enquête s’apparente à une véritable descente aux enfers. 

     Ainsi donc, si vous aimez les bons thrillers palpitants à la noirceur angoissante, vous ne serez pas déçus par Psycho qui ancre son intrigue dans des scènes cultes de films tels que Psychose, ce qui rapproche, d’une part, le genre littéraire et le genre cinématographique et, d’autre part, rapproche le lecteur de références qu’il connaît bien et crée une proximité entre lui et l’intrigue.

      En tout cas, mon blog va certainement s’ouvrir à d’autres thrillers de Richard Montanari dont James Ellroy dit qu’il est « un des maîtres de l’angoisse ».

 



06/02/2016
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