Romain Puértolas : L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikéa/Un roman à oublier dans une armoire Ikéa.

 

                Alors que je profite pleinement d’un magnifique trekking aux confins du désert du Wadi Rum en Jordanie, je me suis laissée tenter par ce roman qui paraît promettre de grandes parties de fous rires, et un beau voyage bien dépaysant en Inde ou… en Suède. Son titre ? L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikéa, écrit par Romain Puértolas en 2013 et paru aux éditions Le Dilettante.

Ajatashatru Lavash Patel, fakir de son état, quitte l’Inde pour Paris. Sa mission ? Acheter un lit à clou chez Ikéa. Cependant, les choses commencent très mal. Ajatashatru arnaque le chauffeur de taxi Gustave Palourde, puis se retrouve largué, sans argent, dans un magasin Ikéa, endroit qui lui plait tellement qu’il décide d’y passer la nuit. Mais avant tout, à la cafétéria, il rencontre Marie dont il tombe immédiatement amoureux. Ensuite, l’aventure commence. Pour échapper aux vigiles, Ajatashatru se cache dans une armoire Ikéa qui, bientôt, file vers l’Angleterre, pays où elle doit être livrée. Dans le camion de livraison, il rencontre des émigrés clandestins avec lesquels il sympathise. Découverts, les hommes sont arrêtés et notre héros se retrouve alors en Espagne où il est poursuivi par un cousin de Gustave Palourde… eh oui ! Le chauffeur de taxi entend bien retrouver l’indien qui l’a arnaqué. A l’aéroport, Ajatashatru se cache dans une malle Vuitton qui appartient à la célèbre actrice Sophie Morceaux avec laquelle il sympathise dès son arrivée en Italie et qui va jusqu’à lui présenter un éditeur qui fait paraître le roman que notre héros a écrit dans la soute à bagage de l’avion. Ajatashatru est désormais riche et décide de changer de vie. Au lieu d’enfumer les gens avec des numéros truqués de fakirs, il veut aider les gens. Toujours poursuivi par les sbires de Gustave Palourde, il se retrouve en Lybie où il retrouve les passagers clandestins rencontrés dans le camion anglais et qu’il aide en leur donnant de l’agent. Mais notre héros n’a qu’un seul désir : retrouver Marie. Il retourne en France et tout se termine bien pour notre héros qui se marie avec l’élue de son cœur rencontrée dans un magasin Ikéa parisien.

L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikéa a tout du roman inutile, dont la lecture est loin d’être indispensable, et ce, malgré tout le battage qu’on a fait autour de lui. Pourtant, le titre est prometteur…. Mais le roman ne tient aucune des promesses contenues dans le titre.

Le procédé qui consiste à utiliser un héros issu d’une culture radicalement différente de celle du pays dans lequel il débarque n’est pas nouveau. On connaît tous Les lettres persanes de Montesquieu, roman épistolaire dans lequel des persans partagent leur expérience de l’Europe qu’ils découvrent d’un œil naïf, amusé, décalé. Le but de Montesquieu ? Critiquer les us et coutumes de notre société, mettre en relief ses absurdités, proposer une réflexion sur la relativité des principes qui la gouvernent. Il est vrai qu’avec L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikéa, on est loin du compte. Aucune réflexion d’aucune sorte n’est proposée… A un moment, lorsque notre fakir rencontre des passagers clandestins, on espère que la sauvagerie de nos sociétés à leur égard sera au moins un sujet mis en exergue, mais non. Rien du tout. Romain Puértolas évacue les passagers clandestins après avoir compati de manière très plate et très convenue à leurs très difficiles conditions de vie. Bref, n’attendre de ce roman qu’un divertissement… Mais cette promesse-là est-elle tenue ?

Hélas, non. Le roman n’est guère amusant : on passe sur l’humour vaseux qui concerne le nom des personnages et la manière dont il faut le prononcer : « Ajatashatru Lavash (prononcez J’attache ta charrue, la vache) » ou encore « Sophie Morceaux » (on reconnait bien Sophie Marceau derrière cette très subtile onomastique). Les aventures de notre héros sont tellement poussives qu’on est impatient d’en voir la fin. Certes, Romain Puértolas connaît les recettes du roman picaresque : il a voulu faire de cet extraordinaire voyage une initiation au cours de laquelle notre héros trouve l’amour, le bonheur, le succès et… un sens à sa vie (aider les autres) : mais tout est totalement parachuté… et de manière lourdingue ! Le parachute ne s’est pas ouvert… attention à l’atterrissage ! Ca fait mal !

D’ailleurs, on se demande si Romain Puértolas, conscient de ses limites d’écrivain, n’a pas voulu se débarrasser de ce pensum qui consiste à écrire un roman, tant on sent que progressivement, tout s’épuise : l’inspiration et le plaisir d’écrire. Ainsi, très vite, on a l’impression que Romain Puértolas enchaine les aventures de son héros de manière hasardeuse, gratuite, sans réfléchir à la construction de l’ensemble. A un moment, le procédé de mise en abyme est utilisé : Ajatashatru écrit un roman, et ce qu’il écrit fait l’objet d’un roman dans le roman. Mais ce second récit, normalement destiné à éclairer le premier, à le prolonger ou à l’infirmer… n’a malheureusement aucun rapport avec celui-ci ! Un comble ! Je n’ai détecté entre les deux récits que des liens factices et sans intérêt. Et puis, que dire de la fin ? Notre héros se marie, il se réconcilie avec Gustave Palourde…  mais ces scènes sont escamotées. Ainsi, on se rend finalement compte que le moteur de toute l’aventure (Gustave Palourde qui poursuit notre héros) n’est finalement qu’artifice et prétexte. Bref, rien n’est abouti, dans ce roman très maladroit, poussif, et même pas drôle.

Allons donc, heureusement pour moi, mon extraordinaire voyage en Jordanie s’avère être proche de la perfection ! Malheureusement pour vous, je n’ai à vous proposer ici qu’un voyage à éviter. Tant pis !    



13/09/2014
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