Tim Lott : Les secrets amoureux d’un Don Juan/Un bien petit secret

 

 

            Alors que sur mes chaines cinéma se déroulent paresseusement la série des contes des quatre saisons d’Eric Rohmer comme autant de délicieux chassés-croisés amoureux, filmés sur le mode ironique et doux-amer, au niveau « lecture », je me plonge dans d’autres réflexions sur les relations amoureuses : j’ai nommé : Les secrets amoureux d’un Don Juan, écrit par Tim Lott et paru en 2005 aux éditions Belfond.

            Danny Savage se présente sur le mode « looser » au niveau amoureux. Sa vie n’est qu’un immense raté sentimental.  Alors, notre héros décide de faire le point sur son parcours, sur les femmes qui l’ont jalonné, tandis que la vie continue. Danny est au cœur d’un douloureux divorce et cet événement traumatisant déclenche chez lui la volonté de faire le point sur ses difficultés avec les femmes. Retour sur ses histoires ratées : Helen, Kelly, Natasha, Beth (avec cette dernière : mariage, et un enfant : une fille, Poppy). Et puis… celle qu’il fréquente actuellement, l’ex-petite amie de son meilleur ami, Martin, une beauté nommée Alice. Quel bilan Danny propose-t-il de toutes ces histoires ? Alice est-elle celle qui marquera durablement la vie à venir de notre héros ?

            Les secrets amoureux d’un Don Juan se présente comme la réflexion d’un homme sur l’amour, les femmes, et autres désillusions. En effet, notre héros, qui travaille de manière (très originale) dans la « pub », est dans une mauvaise passe : en plein divorce (encore très original !) et l’affaire ne se présente pas bien (ce qui est très original) : la petite Poppy, adorée de ses deux parents, est au centre des discordes ; les biens communs, également. Alors, notre Danny est en pleine analyse avec un psychothérapeute nommé Terence (très original, depuis Woody Allen, le coup de la psychothérapie !). Le roman mélange donc deux périodes : le passé et les femmes avec lesquelles les relations se sont disloquées ; et puis, le présent et ses promesses ; le présent et ses balbutiements ; le présent et ses espoirs.

            Question passé, le roman déploie les relations avortées de notre héros avec quatre femmes : Helen, Kellly, Natasha, et Beth. Retour sur des échecs que Danny, le narrateur du roman, cherche à analyser : rien de bien révolutionnaire, pour le coup : le temps qui passe et le désamour qui s’installe, les non-dits, les tempéraments qui ne s’accordent pas, la rencontre avec quelqu’un d’autre - quelqu’un de plus prometteur - et voilà pourquoi les rapports capotent. On s’y attendait, me direz-vous ! Eh oui, vous répondrai-je.

            En ce qui concerne le présent : Danny fonde tous ses espoirs sur sa relation avec Alice, l’ex-petite amie de son meilleur ami : Martin. Imbroglio téléphoné : Martin récupère Alice qui l’aime encore et qu’il aime aussi, en réalité. Mais finalement, Alice revient vers Danny car Martin ne l’aime pas vraiment et elle s’en est enfin rendu compte. Alors on a droit à une grande tirade confuse, mêlée de grandes idées niveau « café du commerce » sur le droit au pardon, sur la bienveillance, sur la responsabilité et la non-responsabilité. Une fin bien ratée pour un roman qui, jusque-là, ne l’était pas (même si « original », il ne l’était pas non plus). En effet, plus on avance dans le roman, plus on a l’impression que notre narrateur est pressé d’en finir : le récit s’accélère, escamote les événements et la pauvre histoire entre Danny et Natasha (une grande passion, cependant) est relatée sur cinq à dix pages. On a apprécié la dernière page, dans le style « que sont-ils devenus ? » qui propose un paragraphe humoristique sur le destin actuel de chaque personnage du roman : ainsi, inutile de se masturber l’esprit pour chercher à comprendre le pourquoi du comment de l’enchainement des échecs amoureux. La vie continue et si aujourd’hui, c’est mieux qu’hier, demain sera peut-être moins bien. Et ainsi va la vie, entre nos aspirations, nos réussites, nos échecs, et les résultats que le réel apporte à nos tentatives.

            On l’aura compris, Les secrets amoureux d’un Don Juan offre quelques heures de lecture plaisantes, mais qui n’échappent pas à la sensation de déjà-vu à tous les niveaux : personnages féminins style « working girls » insatisfaites et impitoyables, un héros masculin très « bobo névrosé », qui travaille dans ce monde si frustrant et si superficiel qu’est la pub-marketing, une pseudo-analyse des relations « hommes-femmes » avec en toile de fond le malaise rigolo (mais quand même bien misogyne) du pauvre mâle déboussolé par toutes ces femmes qui se disent émancipées mais qui ne savent quand même pas trop ce qu’elles veulent, le tout servi par une écriture stéréotypée dans le genre « distancié-qui-ne-se-prend-pas-au-sérieux ». En tout cas, si on attend de ce livre qu’il perce un peu le cœur d’un homme et nous livre ses secrets intimes, lecteur, passe ton chemin et préfère le charme doux-amer d’un film d’Eric Rohmer qui nous conte si bien les intermittences du cœur.

 



27/01/2017
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