Vladimir Nabokov : Lolita/Pas vraiment lol !

                Depuis longtemps, j’avais envie de lire le fameux roman sulfureux de Nabokov – Lolita - écrit en 1955 et paru en France aux éditions Gallimard. Pour le coup, je dois dire que j’ai été déçue… mais surtout que je me suis ennuyée.

                 Nous sommes à Ramsdale en Nouvelle-Angleterre dans les années 50. Humbert Humbert, professeur divorcé et avide de jeunes filles – très jeunes, à vrai dire, des nymphettes de 12-13 ans – s’installe dans une chambre à louer chez une certaine Charlotte Haze. En réalité, il a eu un coup de foudre pour sa fille, Dolorès, qu’il surnommera Lolita. Mais c’est la mère qui jettera son dévolu sur ce brave Humbert qui accepte de l’épouser. Peu après le mariage, Charlotte découvre que son mari est épris de sa fille. Folle de rage et de désespoir, elle écrit à la police mais se fait renverser par une voiture lorsque, perturbée, elle traverse la rue pour se rendre à la boîte aux lettres. Charlotte décède, laissant à Humbert la charge de Lolita. Notre homme va la rechercher au camp Q où elle passe ses vacances. S’ensuit un périple à travers l’Amérique pendant lequel le père adoptif et la jeune enfant deviennent amants. Cependant, Lolita n’en est pas à son premier coup d’essai avec les hommes. Le pauvre Humbert en fera les frais… l’enfant le fait tourner bourrique. Mais encore faut-il que Lolita aille à l’école. Retour dans l’est de l’Amérique ; l’enfant va à l’école de Beardsley où elle se passionne pour le théâtre. Mais, jaloux de ses fréquentations, Humbert décide d’entrainer à nouveau sa Lolita sur les routes pour l’avoir à lui, rien qu’à lui. Cependant, l’enfant semble de plus en plus s’éloigner de son papa chéri qui remarque qu’un homme les suit. Et puis, un jour, c’est la catastrophe. Lolita disparait. Humbert la cherchera pendant plusieurs mois sur les routes de différents états d’Amérique. En vain. Pendant quelques années, il vivra avec une certaine Rita lorsqu’une lettre de Lolita scelle son destin. La jeune fille va être mère. Elle vit dans l’Etat de New York et elle est mariée à un certain Dick Schiller. Elle a besoin d’argent. Humbert se précipite pour revoir son aimée qui lui révèle le nom de l’homme avec lequel elle est partie : il s’agit du dramaturge Clare Quilty qui lui avait promis de faire d’elle une vedette et qui lui a surtout fait faire des choses assez cochonnes. Humbert décide d’assassiner celui qui a ravi l’amour de sa vie. Voilà pourquoi il écrit cette confession alors qu’il attend son procès, lui qui a enfreint toutes les règles morales, toutes les lois sacrées de l’Amérique puritaine et bienpensante.

                 Malgré la renommée de ce roman, j’avoue que je me suis globalement ennuyée à le lire. Pourtant, je suis consciente de ses qualités que je vais ici répertorier.

                 Tout d’abord, Lolita est un roman original et assez trash du moins l’était-il au moment de sa parution. Il se présente, en effet, sous la forme d’une confession… et cette confession n’est sans doute pas vraiment habituelle puisqu’il s’agit du récit d’un amour pédophile. De manière plus générale, Lolita nous plonge dans les méandres de la psychologie poisseuse d’un pédophile. Ainsi faut-il aimer les romans introspectifs ; ce qui est mon cas. Mais pour le coup, je dois dire qu’il faut aussi aimer la lenteur. Toutes ces longues pages au cours desquelles le narrateur s’extasie sur une image de Lolita longuement décrite : jeune enfant innocente allongée sur l’herbe, en train de bouquiner en mangeant je ne sais quoi – des sucettes ? – les cuisses de grenouilles offertes à la vue du lubrique Humbert Humbert… et si on insiste un peu, on peut apercevoir un bout de culotte en coton petit bateau. Toutes ces images de Lolita affriolante, exacerbant les sens de cet obsédé d’Humbert Humbert, sont pléthore dans le romans et pour ma part, m’ont laissées de marbre… jusqu’à finir par m’ennuyer. Mais encore faut-il savoir ce qui ravit les yeux… puis l’esprit fantasque de notre héros !

                   Ensuite, le roman nous offre une vision assez corrosive de l’Amérique bienpensante, plutôt tranquille, située dans les banlieues ou les petites villes sans prétention. Les voisins et leurs penchants intrusifs sont assez pesants et marquent sensiblement la vie d’Humbert Humbert. Une bonne partie du roman expose les salamalecs auxquelles notre héros se plie afin de cacher sa vilaine déviance. Il va jusqu’à épouser la mère pour pouvoir vivre aux côtés de la fille impunément !

                  En opposition avec ces épisodes statiques pendant lesquels Humbert Humbert et Lolita vivent dans un endroit fixe, on a ces longues pauses durant lesquelles ils parcourent l’Amérique en voiture : un peu d’oxygène et de respiration entre deux stations étouffantes. Ces épisodes s’apparentent à un road-movie assez ennuyeux où la nature est longuement évoquée, mais aussi les motels ou les villes dans lesquels nos héros résident. Cependant, c’est là, dans cette liberté, que nos héros s’extirpent des conventions et de la pesanteur de la bienpensance. Car il faut dire que si Humbert Humbert est un marginal qui s’assume en cachette, Lolita est, quant à elle, une enfant délurée qui a déjà eu des amants et qui use de son pouvoir de séduction sur son pauvre père adoptif jusqu’à le faire tourner bourrique. Ceci dit, lorsqu’elle sortira de cet état de grâce qu’est l’âge de la nymphette, elle deviendra une future mère empâtée, attifée d’un mari médiocre dans un coin sans charme aucun de l’Amérique… elle sera devenue une américaine sans histoire et sans intérêt. Tout ce qui rebute Humbert Humbert, finalement. 

                  Mais ce qui est assez marquant et assez insupportable dans ce roman, c’est l’écriture… certes, elle est riche, fleurie et travaillée, mais moi qui aime la simplicité, l’écriture à vif, je crois que pour le coup, Lolita ne me convient pas. Beaucoup trop de fioritures, un vocabulaire parfois abscond, des phrases très longues et alambiquées… on y perd en émotion, selon moi… ceci dit, on rencontre de jolis mots inusités : «  ocellés », « pubescente », etc… Mais j’attends autre chose d’un roman qu’une leçon de vocabulaire. D’ailleurs, ce n’est sans doute pas la prétention de Nabokov, ici, certes, mais finalement, on est tellement las de tout ce salmigondis verbal que c’est ce reproche injuste qu’on a envie de lui balancer.

                Alors certes, le roman garde encore un côté sulfureux car la pédophilie reste un sujet tabou assez peu exploité en littérature… peut-être simplement parce qu’il concerne un public limité – j’ose l’espérer. Ceci dit, si Humbert Humbert s’extasie sur la courbe d’un bras, s’il bande en contemplant le grain de la peau de Lolita, son velouté, le roman n’est pas seulement une histoire de désir. C’est une histoire d’amour assez pathétique et tragique d’un homme pour une enfant qui ne l’aime qu’à moitié, d’un homme pour une forme fugace de la femme : l’âge de la nymphette qui très vite laisse place à l’ingratitude de l’adolescence. Ainsi, dès le départ, cette histoire d’amour est condamnée. Ainsi, c’est peut-être là que réside la clef du meurtre final : la disparition de Lolita scelle la fin de cet amour. Lorsqu’il la retrouvera plus tard, Humbert Humbert sera face à une femme banale qui ne le charme plus. Ainsi, ce qui a fait la substance de sa vie, cet amour fou pour Lolita, a disparu… et lui, Humbert Humbert, n’a plus qu’à mourir… mais avant, encore faut-il punir celui qui a dévoyé Lolita, qui l’a flétrie, qui l’a ravie. Voilà pourquoi Humbert Humbert tue cet autre pédophile qu’est Clare Quilty.

                  Alors, comment finir cet article ? Lolita est un roman fabuleux, qui garde un parfum sulfureux, mais hélas, qui m’a ennuyée. Je l’ai trouvé lent et répétitif. Mais je ne suis qu’une femme banale qui aime les histoires banales. Un homme, une femme, le désir, l’amour… ça peut aussi être trash et exceptionnel ! En tout cas, je trouve qu’un gros plan sur une joue mal rasée - pour rester prude dans ce blog – c’est plus excitant qu’un gros plan sur l’élastique d’une culotte de petite fille des années 50.



02/07/2016
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