Winston Groom : Forrest Gump/Cours lecteur, cours !

 

 

                      On connait tous le film de Robert Zemekis avec Tom Hank dans le rôle éponyme de Forrest Gump. On connait moins le roman de Winston Groom – Forrest Gump paru en France en 1994 aux éditions Flammarion – dont le film s’est largement inspiré même s’il s’en détache quelque peu. Voyons donc un peu  l’affaire.

          Forrest Gump est originaire de l’Alabama et sa particularité est d’être simple d’esprit. Pourtant, son destin ne sera pas banal ! En effet, Forrest conjugue sa simplicité d’esprit avec une énergie et un courage qui vont faire de lui à de nombreuses reprises un héros. Tout commence avec le football : Forrest va s’illustrer dans l’équipe universitaire avant d’être renvoyé pour cause de défaite, mais aussi parce que l’armée le réclame. Il fera la guerre du Vietnam dont il sort en héros décoré par le président des Etats-Unis lui-même. Pendant un certain temps, il deviendra musicien – il joue si bien de l’harmonica – dans le groupe de Œufs cassés où la fille qu’il aime – Jenny Curran – est chanteuse. Nos deux tourtereaux entament une liaison qui se soldera par une rupture : Forrest fume un peu trop et s’est laissé emporter par deux groupies qui lui font du charme ; Jenny ne l’a pas supporté. Ensuite, Forrest devient astronaute : il est envoyé dans l’espace avec un singe nommé Sue. Mais la capsule a des problèmes et échoie… en Nouvelle-Guinée, chez les cannibales. Nos deux héros parviennent à sauver leur peau et vont vivre plusieurs années à planter du coton et à jouer aux échecs avec Big Sam. Mais l’armée américaine finit par retrouver Forrest Gump et par le rapatrier. De retour au pays, notre héros est clochard : il retrouve Dan, un éclopé de la guerre du Vietnam qu’il a connu là-bas ; puis il retrouve Jenny et c’est à nouveau le grand amour. Forrest devient catcheur et rencontre un beau succès qui fait de lui une star. Cependant, Jenny n’apprécie pas du tout de voir son chéri se livrer à des simagrées souvent humiliantes. Elle le quitte et c’est la fin de l’aventure du catch. Petit détour par les échecs : Forrest est doué et se fait un nom ; il finira même par tourner un bout de film avec Rachel Welche à Hollywood. Mais son grand rêve, c’est de monter une affaire d’élevage de crevettes en Alabama. Avec le singe Sue, qu’il a retrouvé sur le tournage de Tarzan, il déploie cette affaire qui deviendra… gigantesque pour ne pas dire tentaculaire : Forrest manquera même d’être élu sénateur ! Tous les personnages qu’il a connus auparavant y trouvent une place. Tous… sauf Jenny Curran qui s’est mariée et qui a un enfant. Ce fils est celui de Forrest mais Jenny refuse de suivre son bel amoureux : elle a peur de la vie instable. Effectivement, Forrest, amoureux de la liberté et de la vie bohème, s’en va avec Sue sur les routes pour jouer de l’harmonica… puis de la batterie… puis… puis : FIN.

          Comme on peut le voir, le roman diffère sensiblement du film : pas question ici de courir autour du monde pour retrouver Jenny. Il faut dire que l’histoire est sacrément déjantée !

          En fait, on peut lire Forrest Gump comme une sorte de conte philosophique qui rappelle fortement le Candide ou l’Optimisme de Voltaire. Simple d’esprit, Forrest  - comme Candide – parcourt le monde et voit certains malheurs, notamment, la guerre du Vietnam. Suivre Jenny Curran – comme Candide le fait avec Cunégonde – est aussi un fil directeur du roman. Enfin, à l’instar de la petite troupe menée par Candide dans une modeste métairie à la fin du conte, Forrest est à la tête d’un empire économique où presque tous les personnages du livre travaillent. Mais si Voltaire voulait dénoncer ce monde qui nous entoure, loin d’être le meilleur des mondes possibles, Winston Groom est beaucoup plus optimiste et son roman est une ode à la liberté et à la folie.

          D’abord, le roman se penche sur le destin de tous ces éclopés de la vie, les laissés pour compte. Il montre ce qu’ils peuvent apporter au monde : leur différence, un brin de folie, un grain de sable qui faire que tout peut partir en vrille à n’importe quel moment. Ainsi, les moments sérieux, solennels, sont désacralisés : par exemple, lors de certaines cérémonies importantes – comme la remise de médailles militaires - Forrest déclare : « Je dois faire pipi » et tout change alors de couleur.

Mais Forrest, c’est aussi un sacré bourlingueur qui touche à tout avec un talent phénoménal. S’il connait des hauts et des bas, il reste toujours égal à lui-même et surtout… un homme libre. Ainsi, il y a, certes, dans le roman Forrest Gump, une ode aux grandes valeurs – certainement en partie illusoires, mais le roman y croit à fond la caisse – de l’Amérique : la libre-entreprise, le culot de celui qui y croit, qui a un rêve et qui malgré les obstacles peut réussir à partir de rien. On appelle cela le self-made-man. Forrest Gump est donc un self-made man qui aura été héroïque au Vietnam, dans l’espace, dans la musique, les échecs, le catch… et dans l’élevage de crevettes.

          Enfin, si l’amour est important, plus encore que l’amour, c’est l’amitié qui aura le plus compté pour Forrest : Dan, l’éclopé de la guerre du Vietnam, le singe Sue, exploité par les zoos et autres foutaises, seront ses principaux compagnons de route. Mais d’autres viendront l’aider, le soutenir, l’embarquer dans des plans parfois sensationnels, parfois foireux.

          Ainsi, Forrest Gump est un roman qui se dévore avec enthousiasme. On ne s’ennuie jamais dans cette succession d’aventures plus déjantées les unes que les autres. On aime les clins d’œil plus qu’appuyés à Voltaire et à son conte philosophique Candide. On aime les valeurs énergiques et généreuses qu’il défend. Alors, qu’attendez-vous pour courir… - cours, Forrest, cours – vous procurer le roman ?

 



04/02/2017
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