Xiaolu Guo : Petit dictionnaire chinois-anglais pour amants / Petite balade rafraîchissante entre Europe et Asie.

                Avec Cédric Klapisch et ses films l’auberge espagnole ou encore les poupées russes, les études à l’étranger, le programme Erasmus a la côte et s’apparente à d’exaltantes et excitantes expériences. C’est une vision beaucoup plus pessimiste que Xiaolu Guo nous offre des séjours linguistiques avec son Petit dictionnaire chinois-anglais pour amants paru en 2008 aux éditions Buchet-Chastel.

                Zhuang Xiao Qiao débarque à Londres pour un an. Objectif : apprendre l’anglais dans une école de langues avec la professeure Margaret Wilkinson. Pendant une année, Zhuang - qui décide de s’appeler Z pour plus de commodité – va découvrir les mœurs anglaises, mais aussi celles d’autres pays d’Europe. Surtout : elle va rencontrer l’amour. L’ensemble ne va pas sans difficulté. Z a le mal du pays, se sent souvent perdue, vit de nombreux conflits avec son partenaire. Finalement, Z doit rentrer en Chine car sa demande pour prolonger son visa anglais a été rejetée.

                Zhuang reste donc une année à Londres. Le roman, logiquement, se découpe selon les mois qu’elle passe dans ce pays, de Février à Février, avec un avant qui porte sur son arrivée à Heathrow et un après qui raconte les jours qui suivent son retour en Chine. Chaque mois est lui aussi découpé en courtes tranches de vie qui porte le titre d’un mot appris par Zhuang. Ce mot, Zhuang ne fait pas que l’apprendre : elle le vit, également, avec son point de vue tout droit venu d’Extrême-Orient. Ainsi, en Février, Zhuang découvre le petit-déjeuner anglais qui la surprend beaucoup et auquel elle a du mal à souscrire. C’est trop copieux ! Alors, notre chinoise prend la nourriture qu’elle mange tout au long de la journée.

« Le premier matin, je vole une tasse de café blanc sur la table. Le deuxième, je vole un verre. Alors dans ma chambre je bois le thé et l’eau. Au petit déjeuner, je vole des pains et des œufs durs pour le déjeuner. Après, je ne dépense pas pour manger. Je garde même un bacon pour le dîner. Alors j’économise l’argent de mes parents et j’achète les livres ou le cinéma. »

          On l’aura compris, le charme principal du roman, c’est ce langage maladroit qu’utilise Zhuang qui ne maîtrise pas bien l’anglais. Elle est la narratrice et la langue qu’elle utilise est pleine de fraîcheur et de naïveté. Cette langue permet d’exprimer de manière sensible les différents sentiments que notre héroïne éprouve devant une civilisation qu’elle découvre et dans laquelle elle est souvent perdue.

« Quelque chose manque dans ma vie, quelque chose est perdu, quelque chose qui remplissait ma vie chinoise.

Nous n’avons pas beaucoup le concept d’individualité en Chine. Nous avons le collectif et nous croyons le collectivisme. Ferme collective, gouvernement collectif. (….) Peut-être, c’est pourquoi je ne me sens jamais seule en Chine. Ici, à cet endroit de l’Occident, j’ai perdu ma référence. Je dois écouter ma sensibilité personnelle. Mais ma sensibilité envers le monde est très imprécise. »

           Mais Petit dictionnaire chinois-anglais, c’est aussi une très belle histoire d’amour qui se noue entre Zhuang et un jeune anglais aux tendances homosexuelle. Dans leur vie quotidienne, les disputes et les malentendus sont nombreux : ils ne pensent pas les choses de la même manière, n’ont pas les mêmes modes de vie et l’incompréhension, souvent, s’érige entre eux, dresse un mur qu’ils n’arrivent pas à abattre. D’une manière générale, et puisque tout est perçu à travers le point de vue de Zhuang, le lecteur a du mal à cerner cet amant qui semble souvent froid et distant, qui paraît ne jamais vouloir remettre en cause sa liberté. Sur ce coup-là, nous sommes nous, lecteurs, des Zhuang et nous percevons notre monde habituel et nos comparses à travers son regard d’asiatique. Ce n’est que bien longtemps plus tard, au 500ème jour après son retour, que Zhuang reçoit une lettre de son ex-amant anglais : c’est là qu’elle comprend qu’il ne l’a pas oubliée et qu’il pense encore à elle. Cet amour était donc si fragile à l’image des perce-neige qui fanent dans la chaleur d’une paume… et si fort, à l’image des montagnes qu’on ne peut soulever et qui sont incontournables.

          Petit dictionnaire chinois-anglais pour amants est donc un roman rafraichissant et émouvant. Le temps d’un livre, le lecteur voyage en un peu en Chine et dans ses traditions tout en adoptant un point de vue asiatique sur l’Occident, tandis que Zhuang découvre l’amour et l’Occident. C’est aussi un trait d’union émouvant entre deux civilisations différentes qui s’essayent au dialogue avec tout ce qu’il peut y avoir d’échec, mais aussi de succès.



23/04/2016
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