LECTURES VAGABONDES

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Alberto Moravia : Agostino/Vive le mois d’août !

          Les vacances d’été approchent et quoi de mieux que de se laisser porter par une lecture gorgée du soleil d’Italie ? Nous retrouvons donc une valeur sûre de la littérature italienne. J’ai nommé le grand Alberto Moravia pour le roman Agostino paru en France en 1962 aux éditions Flammarion.

          Agostino passe ses vacances sur une côte d’Italie avec sa mère qui n’est pas indifférente aux charmes d’un jeune homme qui les accompagne pour des promenades en barque. Agostino ressent une sourde jalousie à l’égard de ce jeune homme. Une jour, il s’échappe de la villa de vacances et rencontre une bande de garçons plutôt mal élevés et d’origine populaire. Ceux-ci rudoient un peu Agostino et se moquent de son innocence. Malgré tout, le jeune garçon recherche la compagnie de ces adolescents qui lui révèlent les secrets de l’amour charnel en se moquant de sa naïveté. C’est aussi en se moquant de lui qu’ils le soupçonnent d’entretenir une relation homosexuelle avec Saro (ce qui est faux). Lors d’une promenade, Agostino et son camarade Tortima tombent sur une maison de passe qui va provoquer la curiosité sensuelle de notre héros. Le jeune garçon décide de casser sa tirelire pour goûter à ce plaisir défendu qui ferait de lui un homme. Cependant, à l’entrée de ce bordel, il est refoulé car la patronne le trouve un peu jeune. Tortima, pour lequel Agostino a aussi payé, entre dans la maison tant convoitée. Dépité, le jeune garçon doit se résoudre à rester puceau. Commence alors, pour Agostino, une longue période d’attente car le jeune garçon est pressé de devenir homme.

          Avec Agostino, Moravia signe un roman d’apprentissage et d’initiation assez cruel et original. Agostino souffre de solitude (il vit en vase clos avec pour seule compagnie, sa mère) et a, par ailleurs, la conviction d’être insignifiant. Sa mère ne l’écoute pas, semble préoccupée par l’amour, et Agostino a l’impression d’être un fâcheux qui empêche l’idylle qu’elle a entamée avec un jeune homme : il se sent comme un chien dans un jeu de quilles. D’autre part, Agostino est au commencement de l’adolescence et se surprend à entretenir des pensées sensuelles, avec comme support, la seule femme qu’il connaisse : sa mère. Ainsi, Moravia nous propose une vision quelque peu freudienne de l’éveil sexuel en touchant du doigt la part incestueuse qui existe dans cette période de découverte.

          Cependant, Agostino, c’est aussi un roman social. En effet, Agostino découvre le milieu populaire lorsqu’il se met en tête d’intégrer une bande de jeunes garçons issus du prolétariat : ce sont eux qui lui apprennent ce que c’est que faire l’amour avec une femme, ce que c’est que l’homosexualité de manière brutale et moqueuse, car Agostino est tout à fait innocent des choses du sexe. Par ailleurs, il est parfois rudoyé par ses camarades, traité comme un étranger. Et étranger, il l’est car Agostino est issu d’un milieu bourgeois. Ainsi, dans le roman, ce sont les personnages issus du monde exploité par la bourgeoisie qui s’avèrent être les dominants : une domination franche et brutale, un peu méprisante ; jamais Agostino ne s’intégrera vraiment au groupe et restera donc toujours le dindon de la farce, celui dont on se moque et dont on fait un souffre-douleur. Cependant, malgré cet état de fait dont notre héros est conscient, Agostino veut à toute fin être aimé de ces jeunes garçons et va même se faire passer pour l’un d’entre eux à l’occasion d’une balade en mer qu’il propose à des bourgeois contre monnaie. Ainsi, la part masochiste de notre héros est mise à nue car être soumis, maltraité, rudoyé, c’est le prix à payer pour entrer dans le monde des adultes. Notre héros est donc bien plutôt un anti-héros, un personnage assez pitoyable que tous les autres personnages du roman malmènent.

          Ainsi, comme toujours chez Moravia, c’est l’analyse psychologique qui prime : inutile donc de chercher ici de l’action et de l’aventure – sauf, peut-être une aventure intérieure qui se solde par un échec ; en effet, Agostino devra attendre encore longtemps avant de pourvoir mettre en pratique ce qu’il a appris en théorie. En ce sens, la fin du roman est assez cruelle et cynique puisqu’Agostino paye pour une passe dans le bordel du coin, mais seul Tortima en profitera : notre héros se retrouve gros Jean comme devant car il est jugé trop jeune par la mère maquerelle qui tient l’endroit de tous les délices.

          Egalement, on reste sous le charme de cette peinture d’une Italie estivale, baignée par la mer et le soleil comme c’est souvent le cas chez Moravia. Ainsi, alors que commencent seulement pour moi, les vacances en Grèce, je me souviens de mon escale à Ancône et du charme un peu suranné de cette ville baignée par la mer Adriatique. De quoi avoir un peu la nostalgie de mon Italie chérie ! Mais peu importe si Moravia m’accompagne en Grèce ! Et c’est le cas : j’ai, dans ma besace, quelques bons romans de ce cher Alberto !

 

 

 



06/08/2018
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