LECTURES VAGABONDES

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Camille Cousin : La brûlure – Le corps des femmes/Lecture tiède

          Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas un roman que je vais ici présenter, mais bien plutôt une œuvre protéiforme, assez inclassable. Le titre de cet ovni littéraire, c’est La brûlure – Le corps des femmes, écrit par Camille Cousin et paru en 2005 aux éditions Fayard.

          Œuvre assez inclassable, donc, faite d’autobiographie : Camille Cousin évoque son passé de danseuse au Crazy Horse et la manière dont ses parents ont vécu ce choix de vie dérangeant. L’ensemble est adressé à un homme appelé Louis, un homme aimé qui transforme la vie de celle qui écrit. Parfois, on pense que cette œuvre est une sorte de lettre d’amour, une déclaration d’amour. On ne sait s’il s’agit d’un homme imaginaire ou d’un homme connu et aimé de l’auteure.

          Cependant, le thème central de La brûlure, c’est la prostitution des femmes. On trouve ainsi des témoignages de prostituées diverses et des extraits de réflexions émanant de sociologues ou de chercheurs qui ont réfléchi à la prostitution. Ainsi, Camille Cousin fait-elle une sorte de tour du sujet en ouvrant un nombre important de pistes de réflexions sur la prostitution et de points de vue divers. Certaines prostituées sont heureuses d’exercer cette activité, elles l’ont choisie et cette activité leur offre une certaine liberté par rapport au travail d’ouvrière dans une usine, par exemple. Certaines ont un souteneur, en ont eu un, n’en ont pas. Quel est le rôle du souteneur ? Il peut être différent selon les cas. Et puis, il y a la question de la drogue, des enfants, des clients plus ou moins pervers, des maisons closes, de la concurrence des prostituées étrangères. 

          De plus, La brûlure offre aussi une confrontation des cultures face à la prostitution. Si elle est mal vue dans nos sociétés développées, elle est tout à fait acceptée dans les sociétés primitives ou il est normal qu’une femme soit payée pour les services sexuels et domestiques qu’elle rend aux hommes. D’ailleurs, une épouse est davantage asservie car elle remplit toutes ces fonctions gratuitement. Ensuite, une vision historique et sociale est abordée : la condamnation de la prostitution est le fruit d’une société dominée par la morale bourgeoise qui a contaminé l’aristocratie ; le prolétariat et la paysannerie sont des classes sociales plus libres en ce qui concerne les choses du sexe.

          A travers cette œuvre, Camille Cousin aborde aussi la condition des femmes et la difficile lutte pour leur émancipation face aux hommes. Comment la prostitution s’inscrit-elle dans cette problématique ? Favorise-elle la libération ou l’asservissement des femmes d’un point de vue économique, moral, sexuel, etc… ? Les prostituées, quant à elles, réclament de meilleures conditions de travail : par exemple un accès aux couvertures sociales auxquelles les autres métiers donnent droit.

          J’ai donc essayé de présenter les différentes pistes principales ouvertes par La brûlure. Il y en a sans doute d’autres. De toutes manières, on sort de la lecture de ce livre sans aucune réponse ferme et définitive sur les questions abordées. Il ne s’agit ni de condamner, ni de faire l’apologie de la prostitution car chaque argument positif trouve son contrebalancement négatif : on a donc davantage affaire ici à un kaléidoscope de réflexions qui s’imbriquent les unes dans les autres ; l’œuvre propose un débat d’idées ; libre au lecteur de tirer des conclusions ou non sur le sujet, conclusions qui peuvent être diverses et variées.

          Cependant, l’œuvre est construite de manière fragmentée qui fait alterner les témoignages et les réflexions plus abstraites sur la prostitution. L’ensemble donne une impression éclatée : on avance dans la lecture comme dans un labyrinthe… Par conséquent ? On se perd un peu ou on oublie un fragment laissé à l’abandon, loin en arrière, repris alors qu’il est si loin dans notre esprit. Finalement, on sort de la lecture de ce livre avec juste l’idée que la prostitution n’est pas un sujet simple, qu’elle n’implique pas seulement un débat moral, mais aussi un débat social et économique… Pour le reste, très vite, les idées soulevées par La brûlure deviennent vite floues dans l’esprit du lecteur.

          Et puis, il y a cette déclaration d’amour à Louis… On a l’impression que l’amour est ce qui permet de sauver les femmes de cette perdition que constitue la prostitution ou tout travail qui touche l’exploitation du corps. Idée assez basique, assez fleur bleue, assez gênante car très conventionnelle dans une œuvre qui a quand même pour pierre de touche l’émancipation de la femme : dans la déclaration d’amour à Louis, on a l’impression que le regard de cet homme est rédempteur, et la femme qui écrit est esclave de ce regard. D’ailleurs, on ne comprend pas vraiment ce que l’amour vient faire dans ce livre et on a l’impression, finalement, d’être dans le hors-sujet puisque le sentiment est présenté comme exclu de la prostitution. Alors pourquoi en parler ?

          On est finalement content d’avoir achevé ce livre qui ne semble pas toujours à la hauteur de la complexité du sujet abordé, pas toujours cohérent dans la démarche adoptée. On brûle de se replonger dans un roman : pourquoi pas un roman sur l’histoire de Fatima, une prostituée rencontrée dans La brûlure ?

 

 



18/02/2018
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