Daniel Picouly : 68 mon amour/J’aime pas.

 

                    Voici un roman qui donne la part belle à la nostalgie de mai 68 dont nous allons fêter bientôt les 50 ans. 68 mon amour, écrit par Daniel Picouly, parait en 2008 aux éditions Grasset et Fasquelle.

          Le roman raconte, en mêlant les destins de plusieurs personnages, la journée très chaude du 29 mai  1968, heure par heure. Il est 7 heures du matin. Le général de Gaulle prie dans la chapelle du palais de l’Elysée tandis que le narrateur se prépare à une journée de cours et que son meilleur ami, Saint-Mexan, et sa petite amie, Nanette, ont l’intention de perpétrer un attentat du côté de la cathédrale de Notre-Dame de Paris. A 18 heures, le général aura eu le temps de se rendre en Allemagne, à Baden-Baden, chez le général Massu qui lui conseille de rentrer à Paris pour affronter la situation explosive des manifestations étudiantes et ouvrières. Pendant ce temps, Pompidou et d’autres s’interrogent et songent à profiter de ce moment de doute du général pour placer leurs pions afin de satisfaire leurs ambitions. De son côté, le narrateur déambule dans Paris avec une fille de la haute, sa camarade, nommée « Mademoiselle de ». Enfin, Saint-Mexan et Nanette ont l’intention de perpétrer un attentat contre une Rolls Royce qui trimballe une petite fille qu’ils prennent pour une nantie alors qu’elle n’est que la fille du chauffeur. Leur destin va basculer : ils rencontrent un étudiant, Rémy, dont Nanette s’entiche. Saint-Mexan s’efface pour que les deux amants puissent vivre leur histoire.

          68 mon amour est un roman assez touffu et foisonnant. Il grouille de personnages qui sont traités dans des petits chapitres particuliers. Cependant, tous les personnages ne sont pas forcément dignes d’intérêt et les faits et gestes auxquels ils s’emploient durant le 29 mai 1968 ne sont pas forcément passionnants. Je songe ici, par exemple, au personnage du physionomiste qui observe les allées et venues au pied de l’immeuble des Pompidou et qui rêve de pêche à la ligne. Mais le physionomiste n’est pas le seul !

          Par ailleurs, le roman s’étire sur une seule journée : le 29 mai 1968. Autant dire que l’action piétine beaucoup et offre de nombreux temps morts. Entre les moments de méditation du général de Gaulle et les rencontres du narrateur avec ses camarades de faculté, on s’ennuie un peu. A cela s’ajoute un style parfois un peu confus qui flirte avec l’argot et qui rend la lecture de certains passages assez ardue.

          Le principal intérêt de 68 mon amour, c’est sans doute le portrait original du général de Gaulle que le roman propose. Bien loin du héros de la résistance, ou encore de l’homme politique providentiel, bien loin du chef d’Etat charismatique qu’on connait, le général est ici fatigué et inquiet. Il est en plein doute et perd confiance en lui. A l’heure où la situation à Paris est explosive, il prend le large. D’autres diront la fuite avant le ressaisissement final et le retour à Paris. Ainsi, pour le général, cette journée du 29 mai 1968 est une sorte de parenthèse un peu confuse pendant laquelle il perd un peu les pédales.

Mais il n’y a pas que De Gaulle qui perde les pédales, ce jour-là ! Tout le monde semble patiner dans une sorte de parenthèse chaotique de laquelle on va sortir bientôt. Ainsi, le narrateur se voit offrir un moment d’égarement amoureux avec « mademoiselle de » qui est fiancée avec un garçon issu du monde aristocratique vers lequel elle retournera ensuite.

          On est déçu par ce roman qui n’offre aucune vision bien nette des événements de mai 68. L’ensemble est assez confus, à l’image, me direz-vous, de ce mois chaotique. On imagine que Daniel Picouly ressent une certaine nostalgie lorsqu’il évoque de beau printemps révolutionnaire. Cependant, il ne cache pas ses préférences gaullistes. En prenant partie pour le conservatisme gaullien, Daniel Picouly est-il le meilleur témoin de l’enthousiasme et de l’énergie de ce mois révolutionnaire ?

 



07/01/2018
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