LECTURES VAGABONDES

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David Trueba : Quatre garçons dans le van/Un roman qui carbure.

          Jeu de mots à deux balles : quatre garçons dans le van ( et non pas « vent » !) pour un fabuleux roman. David Trueba est un jeune écrivain espagnol à découvrir absolument : son roman intitulé Quatre garçons dans le van, paru en 2002 aux éditions Pauvert est un petit miracle de drôlerie et de tristesse subtilement dosées.

          D’abord, présentons un peu ces quatre garçons qui vont nous balader à travers l’Espagne dans un vieux van pourri. Le narrateur se prénomme Solo : Barbara, la fille dont il est encore amoureux, va se marier et elle l’a invité, lui, son ex-petit ami à la cérémonie. Raul, quant à lui – et contre toute attente - car très porté sur le sexe, même atypique (il aime, par exemple, les pratiques sadomasochistes) -  est marié et est père de jumeaux. Blas est un cœur tendre ; cependant, il peine à trouver une fille qui veuille de lui, et ce, même pour une seule nuit. Il faut dire que Blas n’est pas gâté par la nature ; de plus, il est un tantinet obèse. Enfin, Claudio est un joyeux drille qui collectionne les aventures féminines. Ces quatre amis se lancent dans un périple à travers l’Espagne, dans un van qui pue le fromage. Leur première destination, c’est la mer. Mais, première anicroche : la jeune et belle Annabelle les rejoint, ou plutôt, rejoint Blas qui impose sa présence aux autres. En effet, Blas pense qu’il a une ouverture avec la jeune fille qui, de son côté, semble plus attirée par les autres et considère Blas comme un confident. Finalement, nos quatre copains décident d’abandonner la jeune femme et de reprendre la route. Mais, entre Saragosse et Logrono, le van tombe en panne, contraignant la joyeuse bande à résider dans un motel singulièrement désert. Là,  ils font la connaissance d’une femme âgée et énigmatique : Estrella. Si le narrateur, Solo, se retrouvera dans ses bras pour une nuit, les autres préfèrent aller faire un tour dans un bordel où ils payent quelques prostituées peu appétissantes pour les réjouir. Blas refuse de participer à cette soirée-là, et se retrouve, encore une fois, dans la position de bon samaritain : Sonja, une prostituée, s’accroche à lui car elle veut repartir à zéro et veut qu’il l’emmène loin de sa galère. Pendant quelques temps, Blas croira à une histoire d’amour avec elle avant de découvrir que c’est Claudio qui a payé Sonja pour qu’elle couche avec lui. Du reste, la jeune femme disparait alors que les garçons louent  une limousine pour se rendre au mariage de Barbara, l’amour du narrateur, Solo. Superbe idée ! Solo doit supporter la cérémonie et le spectacle du grand amour de Barbara avec son riche mari : Carlos. Cependant, les choses tournent vinaigre entre les amis : c’est Raul qui sera le premier à partir ; sa femme et ses enfants lui manquent. C’est en train que les autres décident de rentrer à Madrid.

          Quatre garçons dans le van est un roman plein de nuances qui te donne toujours à voir les deux faces d’une entité. Ainsi, si on a envie de dire que ce roman est avant tout un hymne à l’amitié, on peut aussi noter que les personnages se déchirent de plus en plus au fil du roman. Finalement, face à des relations humaines si difficiles à établir, on se demande si Quatre garçons dans le van ne serait pas un roman sur l’échec de la camaraderie et l’obligatoire solitude de chacun dans la vie. En effet, si nos quatre comparses s’amusent bien ensemble, ils sont aussi violents les uns avec les autres : Claudio, énervé par l’égoïsme de Raul qui refuse de prêter son portable – au cas où sa femme l’appellerait – fracasse ce dernier par terre. Il n’hésite pas à mettre Blas au courant du fait qu’il a dû payer Sonja pour qu’elle couche avec lui, tant il est répugnant physiquement.

          Cependant, si dans quatre garçons dans le van, il y a matière à pleurer, si le fond est grave et si, souvent, l’humour est grinçant, on a plutôt envie de rire lorsqu’on plonge dans ce roman picaresque. En effet, l’histoire est truculente : quatre losers se baladent dans un van qui pue le fromage à travers l’Espagne, et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils restent loin des endroits intéressants de ce pays. Le comble, c’est sans doute l’arrêt forcé non loin de Logrono et la coucherie du héros-narrateur avec une vieille excentrique plus très fraiche.

          Mais, tout en prenant la forme du road book, Quatre garçons dans le van en détourne les codes. Ainsi, bien loin d’être ici face à un hymne à la liberté – comme dans toute œuvre, depuis Jack Kérouac qui propose des personnages qui partent en goguette– on sent bien toutes les attaches qui retiennent ces trois garçons à leur vie imparfaite qu’ils auraient bien envie de réécrire. Solo ne sait pas oublier Barbara qui poursuit son destin, insouciante, avec un autre ; Raul, qui aime la liberté sexuelle et les pratiques extrêmes, est pieds et poings liés à son ménage et dès qu’il le peut, il retourne auprès de sa femme et de ses enfants. 

          Ainsi, j’ai vraiment pris beaucoup de plaisir à lire quatre garçons dans le van. Je prévois de lire bientôt ouvert toute la nuit, premier roman de David Trueba à qui on souhaite bon vent !

 



15/04/2018
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