LECTURES VAGABONDES

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Emily Schultz : Les blondes/Un récit échevelé !

 

               Voici un fait rarissime dans mon expérience de lectrice ! Ce roman D’Emily Schultz intitulé Les blondes, paru en 2014 aux éditions Asphalte, a bien failli finir à la poubelle tant il m’est tombé des mains pendant… pas moins de 100 pages. Et puis, on ne sait quelle lente alchimie s’est opérée entre moi et ce roman, mais j’ai fini par vraiment apprécier ce moment de lecture que je vais quand même avoir du mal à cerner.

          Tout commence à New York : Hazel séjourne dans cette ville pour les besoins de sa thèse lorsqu’elle découvre qu’elle est enceinte de son professeur et amant : Karl Mann. Elle décide d’avorter et souhaite rentrer chez elle à Toronto. Cependant, les deux affaires se révèlent impossibles à cause d’une épidémie très étrange qui frappe les femmes blondes : le virus se nomme VHS et déclenche une hystérie meurtrière qui finit par être mortelle. Ainsi, très vite, les communications sont coupées : impossible de prendre l’avion. Le périple se fera donc en voiture, mais il sera long car Hazel sera retenue dans un centre de mise en quarantaine pendant de longues semaines. Il est trop tard pour avorter. C’est dans une ville – Toronto -  à feu et à sang, presque méconnaissable qu’Hazel débarque. C’est pourquoi elle décide de se rendre au chalet qui a abrité ses amours clandestines avec Karl. Là, elle apprend que son amant est mort. Et celle qu’elle rencontre et qu’elle va apprendre à connaître n’est autre que Grace, l’épouse de Karl qui va l’aider et partager avec elle l’expérience de la maternité. 

          Le moins qu’on puisse dire, c’est que le roman Les blondes est caractérisé par une construction échevelée (sans mauvais jeu de mots). Plusieurs périodes de la vie de l’héroïne Hazel Hayes, en effet, s’entremêlent et s’enchevêtrent jusqu’à se rejoindre et s’éclairer les unes les autres. A l’ouverture du roman, nous nous trouvons avec Hazel et sa petite fille encore dans son ventre alors qu’elle est presque à terme. La future mère, isolée dans un chalet près de Toronto, confie à sa fille l’histoire de ce long périple apocalyptique qu’elle a eu à accomplir durant sa grossesse. De New York à Toronto, c’est un monde en plein chaos et en totale décomposition que notre héroïne traverse. Ainsi, Les blondes peut se lire comme un road-book horrifique au cours duquel les femmes blondes sont affectées par un virus qui fait d’elles des sortes de zombies féroces et dangereux. On a, en effet, tous les ingrédients attendus du genre scénario-catastrophe : aéroports coupés, fouilles et contrôles systématiques des individus suspects, accidents de la route, camps de mise en quarantaine… cependant, Hazel se souvient de cette brève liaison qu’elle a entretenue avec son professeur, à l’Université de Toronto : Karl Mann… une histoire assez peu romantique qui commence dans le bureau dudit professeur. Pourtant, au fur et à mesure de la narration, on sent qu’Azel a aimé cet homme beaucoup plus que ce qu’elle veut bien révéler. Dans le chalet qui a abrité quelques ébats amoureux, Hazel se laisse émouvoir par les traces que cet homme a laissées d’une vie qu’elle n’a pas partagée. Et puis, son attachement à Grace, l’épouse de son défunt amant, ne s’explique-t-il pas par l’existence de Karl, cet homme qu’elles ont eu en commun ? Car Les blondes, c’est avant tout une histoire de femmes.

          En effet, les hommes sont singulièrement absents de ce roman. Karl est le seul personnage masculin du livre et il appartient au passé. Hazel partage une partie du périple avec Moira, une amie rencontrée à New York. A Toronto, elle retrouve Larissa, son amie de toujours qui l’héberge pendant quelques jours. Et puis, il y a Grace, l’épouse de Karl qui occupe le chalet : les relations avec cette dernière sont difficiles, au départ… et puis, elles évoluent vers une complicité partagée.

          Par ailleurs, il semble bien qu’Emily Schulzt s’amuse vraiment avec la représentation commune de la féminité. En effet, Karl est mort pour avoir entretenu trop de relations avec ces psychopathes : les femmes blondes. La blondeur est en effet une caractéristique féminine appréciée des hommes, ce qui explique pourquoi il y a une telle épidémie de blond chez les femmes. Cependant, la blondeur, c’est surtout ce à quoi il ne faut pas succomber sous peine de périr. Ainsi, les femmes vivantes, dans Les blondes, sont des femmes à la tête rasée, ou des brunes (naturelles ou non). Hazel, avec ses lunettes d’intello aux verres brisés par toutes les péripéties qu’elle traverse, n’apparaît pas comme une héroïne sexy et désirable ! Quant à la maternité, cette autre caractéristique féminine, elle n’apparaît pas comme évidente pour Hazel qui souhaite avorter. L’amour qu’elle finit par ressentir pour sa fille se tisse au fil des jours, au fur et à mesure du développement de son ventre qui abrite une vie indépendante de plus en plus sensible.

          Inutile de dire que Les blondes est un roman déroutant, qui mélange action et sensibilité et dont l’intrigue se développe lentement comme un enfant dans le ventre d’une mère. Et finalement, c’est aussi de manière progressive que ce roman finit par susciter l’intérêt du lecteur…. Comme ce chemin parcouru par Hazel qui finira par s’intéresser à sa fille au point de converser avec elle avant même sa venue au monde. 

 



17/12/2018
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