Frédéric Beigbeber : Windows on the world/ Fenêtre sur… Beigbeder et rien d’autre.

 

       On se souvient tous des attentats du 11 Septembre 2001 contre les tours du World Trade Center à New York. Sur cette catastrophe, on a beaucoup glosé ; on a tourné des films, des documentaires ; on a écrit des livres : des essais, des témoignages, des albums-photos. Frédéric Beigbeber a choisi le roman comme support à une réflexion sur la tragédie et ses conséquences, roman – Windows on the world - qui a obtenu le prix interallié, l’année de sa parution, en 2003, aux éditions Grasset.

       Le roman fait alterner deux époques, deux narrateurs, deux lieux, à la même heure. D’abord, il y a Carthew et ses deux fils qui s’apprêtent à prendre un petit-déjeuner au luxueux restaurant du Windows on the world situé en haut d’une des deux tours du World trade center. Il est 8 heures et demi, le 11 Septembre 2001. Dans quelques minutes, un Boeing 747 va se crasher dans la tour et nous allons vivre minute par minute, les derniers moments des trois personnages et de tous ceux qu’ils ont pu croiser dans la panique et l’horreur qui vont bientôt s’emparer de l’endroit. Un an plus tard, à la même heure, le narrateur Frédéric Beigbeder se trouve dans un restaurant de la tour Montparnasse à Paris ; il médite sur les attentats et la catastrophe du 11 Septembre 2001.

        Au premier abord, le livre plait par son originalité. Les attentats du 11 Septembre ont surpris, marqué et touché la planète toute entière et c’est presque en « direct-live » qu’on a pu suivre le déroulement de la tragédie. Je me souviens que ce jour-là, je corrigeais des copies devant la télévision dont j’avais coupé le son et qu’en levant la tête, je remarqué que les programmes étaient interrompus et que des deux tours s’élevait une épaisse fumée. Sur le coup, j’ai cru à une plaisanterie, à un canular ; c’était tellement incroyable ! Et chacun d’entre nous se souvient exactement de son emploi du temps, ce jour-là, et du moment où il s’est arrêté et s’est suspendu à l’actualité. Faire de cet événement planétaire récent – on est en 2003 – le sujet d’un roman, c’est assez osé, car il s’agit de raconter une tragédie encore fraiche sans en faire trop sous peine de verser dans le putassier, le pathos ou le sensationnel. C’est aussi attrayant car le sujet puise ses racines dans un réel bien palpable et bien proche qui concerne tout le monde. Alors comment Frédéric Beigbeder s’est-il tiré de cette double gageure ? Moyennement dirai-je. Car si globalement, le roman est plaisant à lire, je ne le trouve pas si réussi qu’on a pu le dire.

         En effet, l’intrigue principale, celle qui intéresse le lecteur, c’est celle qui se passe dans l’une des deux tours au moment du crash et dans les minutes qui suivent. On imagine sans peine la banalité d’une journée qui commence comme toutes les autres : chacun vaque à ses occupations ; on se croise ; on s’agite ; et puis… tout bascule. On imagine alors sans peine la panique qui s’intensifie de minute en minute… encore faut-il savoir raconter l’affaire dans un roman qui tienne la longueur. Ce matin-là Carthew et ses deux fils vont prendre leur petit-déjeuner au Windows on the world. Les deux garçons s’amusent dans les allées, tandis que leur père, divorcé, médite sur ses échecs, pense à sa maîtresse etc… De la même manière, deux collègues qui travaillent dans la finance prennent un café et discutent affaires dans leur jargon très branché que le commun des mortels ne comprend pas. Survient alors la catastrophe et alors là, c’est la bérézina pour notre auteur. D’abord, il se lance dans un scénario du style La vie est belle – un père juif fait croire à ses enfants que la vie dans les camps, c’est un jeu – c'est-à-dire que Carthew fait croire à ses deux fils qu’il s’agit d’une grande simulation très amusante : une sorte de jeu vidéo grandeur nature. Très vite, la panique gagne tout le monde et les enfants se rendent compte que ce n’est pas un jeu. S’ensuivent des allers et venues dans un étage dont la température s’élève de plus en plus, tandis que le grabuge s’étend au point que les câbles électriques se mêlent aux chairs brulées pour former un magma compact. Et je passe sur la scène où les deux collègues qui travaillent dans la finance décident de faire l’amour une dernière fois avant de mourir… et ça se fait à grands renforts de textes dignes d’un porno-crade : « encule-moi bien…ta grosse bite…à fond, etc…. ». Scène très véridique à l’heure où des centaines de personnes, affolées, paniquées se jettent par les fenêtres ! On se demande comment, à cette heure terrible, on peut penser au sexe, en avoir envie. Franchement ! Je ne sais pas s’il faut rire ou pleurer de cette vilaine provocation inutile, provocation dans le plus pur style de Beigbeder : faire d’un événement tragique, dans lequel des milliers de personnes ont perdu la vie, une scène où le Grand-Guignol gore côtoie le porno le plus dégueu.

            L’autre partie du roman, celle où l’auteur se met en scène de manière totalement narcissique, n’a pas grand intérêt sinon de mettre un contrepoint mineur à la symphonie majeure du 11 Septembre. Les tours du World trade center contre la tour Montparnasse : de quoi s’extasier sur la démesure américaine comparée à la médiocrité franchouillarde. Mais aussi de méditer sur la vie, l’amour, la mort… et le 11 Septembre ; ce que ce jour maudit a changé dans le monde ; dans les hommes ; dans la ville. Sinon, on retrouve bien évidemment, des retours sur la vie de l’auteur, du temps où il travaillait à New–York, dans les tours, du temps où il travaillait dans la pub et qu’il fréquentait les boîtes de nuit, les filles et la coke. Bref, la sempiternelle ritournelle beigbedienne déjà interprétée dans tous les sens dans 99 francs. Cette partie fait la part belle à l’autoportrait bobo de l’écrivain et voyez-vous, la petite personne de Beigbeder n’a pour moi aucun intérêt. Je me serais bien passée de cette partie-là ; mais encore faut-il bien pondre un roman qui tienne la route et pour cela il faut un minimum de pages que Beigbeder gribouille de sa redondante manière.

          Ainsi, si le roman vaut peut-être le détour, Beigbeder n’a pas échappé à l’écueil facile du sensationnel, du trash et du mauvais goût… bien qu’il s’en défende dans les toutes premières pages du livre. A un événement aussi tragique, il faut une œuvre digne… chacun jugera : Beigbeder fait-il du deuxième, troisième ou quatrième degré ? Se fiche-t-il de nous ou croit-il vraiment avoir respecté la mémoire des disparus du 11 Septembre 2001 avec ce roman certes, provocateur, mais aussi très prétentieux ?



09/06/2015
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