LECTURES VAGABONDES

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Frédérique Martin : J’envisage de te vendre (j’y pense de plus en plus)

          Une fois n’est pas coutume, nous allons nous plonger dans un recueil de nouvelles intitulé J’envisage de te vendre (j’y pense de plus en plus) ; l’auteure s’appelle Frédérique Martin et a fait paraître cet ouvrage en 2016 aux éditions Belfond.

          Avec J’envisage de te vendre, Frédérique Martin nous offre un recueil de nouvelles plutôt intéressant ; la plupart des récits s’apparentent au genre de la science-fiction, de l’anticipation et débouchent tous sur des interrogations et des questions à propos du monde qu’on est en train de fabriquer pour nos enfants. Tout d’abord, et conformément au titre, dans ce monde de demain, tout se vend et s’achète, même les gens, et l’affaire devient encore plus épineuse lorsqu’il s’agit de vendre sa propre mère (le désespoir des roses), devenue vieille et inutile : on se débarrasse d’elle comme on le ferait d’un fardeau.

          Dans ce monde à venir, tout se programme. La nouvelle la plus édifiante, sur cet aspect, c’est sans doute Le fruit de nos entrailles ; certes, on programme déjà la naissance d’un enfant… mais dans ce texte, il s’agit de programmer son aspect physique, et jusqu’aux scènes de ménages destinées à pimenter la vie de couple. Bref, on programme son histoire et sa vie.

          Et puis, certes, nous vivons dans un monde qu’on dit individualiste et la nouvelle Doloris interroge cette notion en profondeur : elle montre qu’un monde où personne n’ose se démarquer - de peur de mettre en péril l’équilibre social - est une vraie dictature. C’est ce qu’on peut appeler la dictature de la bien-pensance. Individualisme contre pensée collective, décidément, il est difficile de trouver l’équilibre pour atteindre le bonheur universel.

          Enfin, comme Sartre le dit dans Huis-clos, l’enfer, c’est les autres. Ainsi, on rejette l’autre qui nous enquiquine, quitte à mutiler les organes qui permettent de communiquer avec le monde extérieur. Remugle explore cette question jusqu’à l’extrême puisque le narrateur, incommodé par l’odeur de sa compagne, se coupe le nez.

          On notera bien évidemment la question qui nous obsède tous, en ce début de XXIème siècle : l’écologie et la nouvelle La prophétie de la goutte d’eau. Mais place au descriptif de ces fameuses nouvelles qui, j’en suis sûre, vous réjouiront.

 

Le désespoir des roses : Le narrateur se rend sur une place de marché dans le but de vendre sa mère, dont il n’a plus besoin. Une fillette qui n’a pas de grand-mère souhaite l’acheter tandis qu’un maquignon est, lui aussi, tenté par l’affaire.

 

Dîtes-nous tout : Luc a décidé de se suicider un lundi. Mais le téléphone sonne et Sonia lui rappelle qu’il doit participer à une émission de talk-show intitulée Dîtes-nous tout. Tandis que l’équipe de tournage se rend chez Luc, Sonia tente de le dissuader de mettre fin à ses jours tandis que le caméraman souhaite filmer Luc et le somme de se décider à mettre, oui ou non, fin à ses jours.

 

Remugles : Le narrateur vit avec Lilou, une jeune femme dont il est amoureux. Mais un jour, il perçoit une odeur qui l’indispose et qui émane de celle-ci. Tandis que cette odeur se fait de plus en plus tenace, Lilou tombe enceinte. Le narrateur, submergé par la puanteur de la mère et de l’enfant, se coupe le nez ; mais, désormais, ce sont ses papilles qui sont indisposées.

 

Rue des Bons-Voisins : Le narrateur emménage dans un quartier calme, rue des Bons-Voisins. Cependant, ses habitudes bruyantes et fêtardes indisposent les voisins qui le somment d’aller vivre ailleurs.

 

Les alliances : Nathalie et Caroline sont deux amies néanmoins sans cesse en compétition. Alors que Caroline épouse son petit-ami, Charly, en grandes pompes, c’est au tour de Nathalie d’épouser Gérald en prenant soin de faire de ce mariage un événement encore plus fastueux que celui de son amie. Le jour du mariage, Caroline fait des avances à Gérald qui cède ; cependant, la future mariée, Nathalie, les surprend en pleine action. Elle assène une gifle à Caroline, mais épouse quand même Gérald.

 

Le pompon du Mickey : Isabelle se rend chez Léphora pour acheter un savon d’Alep. Alors qu’elle effectue ses achats dans le magasin, elle gagne le gros lot lors d’une opération commerciale. L’affaire fait grand bruit et indispose Isabelle qui craint pour sa tranquillité désormais mise à mal par le battage fait autour de son nom.

 

Le fruit de nos entrailles : Un couple décide d’avoir un enfant et se met d’accord sur ses caractéristiques : peau noire, yeux clairs. Ils s’apprêtent à passer la commande et achètent en même temps, des injections d’instinct maternel dans un monde où même les disputes sont programmées.

 

Le grève des morts : Simon est atteint d’un cancer qui le condamne à brève échéance. Il souhaite programmer sa mort et remplit le formulaire DC 8731 dans ce but. Cependant, son fils lui fait découvrir une association qui milite pour l’acceptation d’une mort naturelle et qui assiste l’agonisant dans ses derniers instants. Convaincu que tous les moments d’une vie sont importants, Simon décide de laisser faire les choses.

 

Droit de visite : Un serial killer supporte les visites des membres de la famille qui ont été touchés par les meurtres qu’il a accomplis. S’il est condamné par la justice, rien ne peut réparer le mal qui a été fait. Mais si le serial killer était tout simplement la mort ?

 

Doloris : Dans un monde où tous se doivent d’être en accord les uns avec les autres, on désigne régulièrement quelqu’un qui est sommé de faire publiquement un examen de conscience. Ensuite, chacun vote pour punir celui qui aurait fait preuve d’individualisme. La sanction, c’est de souffrir dans un monde où la division règne entre les êtres et les religions.

 

La prophétie de la goutte d’eau : Un commando prend en otage une famille qui gaspille l’eau alors que tant de pays souffrent de sécheresse.  Celle-ci est condamnée à vivre en rationnant sa consommation d’eau à l’instar de ce qui se passe dans les pays secs.

 

Les manquantes : Dans un monde où les femmes sont obligées de vivre cachées, dans un monde où elles sont denrées rares pour des hommes qui préfèrent avoir des fils, on met au point des rencontres entre les deux sexes. L’affaire ressemble à une partie de chasse dont les femmes sont le gibier.

 



11/03/2018
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