LECTURES VAGABONDES

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Grégoire Delacourt : La liste de mes envies/Une petite envie.

          Voici un délicieux petit roman qui se lit vite et bien. A inscrire sans doute sur la liste de vos envies ! Je veux bien sûr ici parler de ce roman qui a fait le succès de Grégoire Delacourt : La liste de mes envies, paru en 2012 aux éditions J.C Lattès.

          Jocelyne a 47 ans et tient une petite mercerie à Arras. Elle est mariée à Jocelyn depuis plusieurs années et a eu 3 enfants dont l’un – Nadège – est décédé à sa naissance. Ce deuil a profondément bouleversé la vie du couple : Jocelyn est, à la suite de cette perte, devenu violent envers son épouse qui a dû alors aller se reposer seule dans le sud de la France. Là, sur la plage, elle a rencontré un inconnu qui voulait l’aider. Mais notre héroïne n’a pas vraiment donné suite à cette rencontre, et est rentrée à la maison où les choses, progressivement se sont tassées. Désormais, Jocelyne mène sa petite barque, entre la mercerie, son blog consacré au tricot et à la broderie, ses copines, son mari et ses regrets. Un jour, par hasard, elle joue au loto et gagne… un peu plus de 18 millions d’euros ! Cependant, notre héroïne n’encaisse pas le chèque et se contente de multiplier « les listes de ses envies » qui, malgré tout, deviennent de plus en plus larges, d’autant plus que son mari, Jocelyn a des rêves de voitures, de télévision dernier cri, de montres de luxe. Un jour, après avoir emmené Jocelyne passer quelques jours au Touquet, Jocelyn disparait… Il a trouvé le chèque caché dans la chaussure de son épouse et a fichu le camp avec l’argent. Jocelyne est désespérée et décide de tout laisser tomber pour partir dans le sud. Mais qu’est devenu Jocelyn ? Pendant quelques mois, l’époux indélicat va vivre une vie assez dissolue dans un hôtel de Belgique. Mais très vite, il se rend compte que seul, il n’est pas heureux et que tout ce qu’il peut acheter ne le comble pas. Il envoie une lettre à Jocelyne : il souhaite reprendre la vie commune, comme si rien ne s’était passé. Comme gage de bonne foi, il lui rend un chèque de 15 millions d’euros, c’est le reste de la somme non dépensée. Mais Jocelyne a tourné la page et vit désormais dans le sud avec l’homme de ses rêves, celui qui, plusieurs années auparavant voulait l’aider. En outre, elle s’est acheté une maison, a gâté ses enfants, pris son père, atteint d’Alzheimer à ses côtés. Cependant, pour elle aussi, le bonheur s’est enfui. Elle apprendra que Jocelyn est revenu vivre seul dans la maison d’Arras et s’y est laissé mourir.

          Le point fort de ce petit roman de Grégoire Delacourt, c’est sans doute son écriture simple, fraiche et pleine de sensibilité. Phrase courtes, limpides. En quelques mots, l’auteur sait faire passer l’émotion, suggérer les petits bonheurs, les grandes peines sans trop en dire. Derrière cette retenue, on sent la brisure profonde du personnage, ses regrets immenses… mais aussi finalement, à quel point Jocelyne est  heureuse avec ce mari qui est loin d’être parfait. Ce bonheur-là, il est loin de la fougue d’une grande passion d’amour ; il s’est construit au fil des jours et des années, il est cimenté dans un vécu commun construit sur deux enfants et une petite maison dans le Pas-de-Calais. C’est là que résonne l’accent véridique de ce roman. Car pour le reste….

          La liste de mes envies est loin de la perfection ! L’histoire est pétrie d’une philosophie type « café du commerce » et comporte des aberrations. En effet, Grégoire Delacourt veut montrer que « l’argent ne fait pas le bonheur », au contraire ! Il en est l’ennemi. Mais qui, en gagnant une grande somme d’argent au loto, n’irait jamais l’encaisser et même aurait eu l’intention de bruler le chèque ! C’est pourtant bien ce que décide de faire notre héroïne. Bref. Pour aller plus loin dans cette démonstration de haute volée, Grégoire Delacourt imagine un personnage somme toute assez médiocre, voire ignoble – le mari de Jocelyne qui sait faire preuve, à ses heures, de violence – qui aurait foutu le camp avec le magot, laissant tomber sa bobonne de femme. Mais bien sûr, comme l’argent ne fait pas le bonheur, il se perd dans une effrayante solitude dorée. Et pour couronner le tout, et parce qu’il faut bien punir le méchant dans les fables pour endormir le peuple, il finit en cadavre solitaire et horriblement faisandé dans la maison désormais déserte qui a abrité son ancien bonheur plan-plan. Bref. Pour finir, Grégoire Delacourt – qui en a déjà fait des tonnes dans sa démonstration philosophique – en rajoute encore une petite louche : Jocelyne, désormais riche, n’est pas heureuse.

          En effet, notre héroïne trimballe avec elle tant de blessures que l’argent ne peut cicatriser ! La perte d’une maman, partie trop tôt ! Un papa atteint d’Alzheimer avec lequel elle ne peut communiquer que de manière factice. La perte du vilain Jocelyn, son amour plan-plan. Des enfants qui sont partis, avec lesquels il est difficile de partager, encore, la vie.

On ne comprend pas, en outre, le succès de ce blog ringard consacré à la broderie et au tricot que Jocelyne tient. On sait que sur Internet, il est des aventures extraordinaires, des succès inattendus, mais on se souvient que le coup des blogs dédiés aux petits loisirs et aux petits plaisirs, Philippe Delerm l’avait déjà exploité ! Impression de déjà lu, donc, avec ce blog dont Jocelyne s’occupe finalement bien peu.

          On ne comprend pas pourquoi Jocelyne se tire dans le sud, abandonnant l’environnement dans lequel elle évolue depuis toujours, ses amies, son travail, lorsqu’elle découvre la trahison de son époux. Désir de tout recommencer à zéro, certes, mais en l’occurrence, Jocelyne est prompte à la détente ! Elle ne prend pas le temps de se reconstruire avant de se lancer dans la nouveauté et ce petit train-train qui la rendait heureuse, elle le laisse tomber sans grand état d’âme ! Alors qu’elle ne voulait surtout rien changer à sa vie, alors qu’elle se méfiait tant du pouvoir pernicieux de l’argent, elle a finalement vite fait d’aller poser ses gaules dans le sud… on se demande vraiment avec quel argent puisqu’à ce moment-là, c’est Jocelyn qui détient le chèque.

          On ne comprend pas plus comment Jocelyne a réussi à retrouver ce bel inconnu rencontré longtemps auparavant pendant une journée au cours de laquelle ils auront simplement bu un verre, dont on ne connaîtra jamais le nom, qui ressemble à Vittorio Gassman mais dont elle ne tombera jamais amoureuse… et avec lequel elle va terminer sa vie !

          On ne comprend pas comment Jocelyne, qui se décrit crûment comme une obèse loin de la « sexytude », termine par perdre tous ses kilos à cinquante ans et par se saper dans du 38.

          Alors, après toutes ces critiques, avez-vous toujours envie d’inscrire ce livre sur la liste de vos envies ? Oui, je crois quand même qu’il vaut un petit détour… Heureusement assez court, vu sa longueur restreinte.

 



10/11/2018
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