Henri Troyat : La lumière des justes (tome 3) - La gloire des vaincus

          Lorsqu’on est lancé dans une excellente saga, pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Je vous propose de parcourir avec moi le troisième tome de La lumière des justes, la grande fresque russe écrite par Henri Troyat dans les années 60. Cet opus se nomme la gloire des vaincus et paraît en 1963 aux éditions Gallimard.

          Dans la Barynia, nous avions laissé nos héros en bien mauvaise passe : Sophie, trompée, est au courant de la liaison adultérine de son mari, Nicolas. Elle prend la décision de rompre. Mais Nicolas est à Saint-Pétersbourg et ne sait pas encore que son épouse veut se séparer de lui. Nous voilà propulsés dans la ville de Saint-Pétersbourg, bien agitée : le nouveau tsar - après la mort d’Alexandre 1er, il s’agit de Nicolas 1er  _ va être sacré. Un immense rassemblement est prévu. Mais Nicolas et ses comparses révolutionnaires ont décidé de fomenter un coup d’état et d’instaurer la république en Russie. Tragique échec que cette tentative d’insurrection. Les responsables sont arrêtés et emprisonnés. Au fond de sa geôle, Nicolas se désespère : il reste fier de son initiative insurrectionnelle, mais il est déchiré par le silence de son épouse, Sophie. Cependant, la jeune femme finit par se rendre à Saint-Pétersbourg pour retrouver son époux : elle lui a pardonné sa trahison. Finalement, le jugement tombe : Nicolas est condamné aux travaux forcés en Sibérie. Sophie décide de tout abandonner pour partir vivre dans cette région hostile. Elle sera accompagnée, pour ce grand voyage, du serf Nikita pour lequel elle éprouve des sentiments troubles qui sont largement partagés par le jeune homme. Malheureusement, le destin les séparera et dans sa tentative pour retrouver Sophie, Nikita trouvera la mort. Nous voici donc en Sibérie, où Sophie, après cette grande odyssée à travers la Russie, se demande finalement ce qu’elle est venue faire là.

           Avec La gloire des vaincus, la saga s’assombrit. En effet, nous plongeons au cœur d’une Russie tiraillée entre ses traditions et sa culture - ancrées dans le respect de la religion, le poids de mentalités et de structures archaïques, la vénération pour le tsar – et les premiers soubresauts d’une exigence de liberté et de démocratie. Le roman s’ouvre sur des pages historiques qui placent le lecteur au cœur du coup d’Etat du 14 Décembre 1825.  Ce coup d’Etat sera sévèrement réprimé : les deux principaux responsables seront exécutés et les autres, déportés en Sibérie. Puis, lorsque Sophie décide de rejoindre son mari dans ces confins hostiles, elle se bat contre les lourdeurs administratives d’une Russie sclérosée : en effet, partir là-bas n’est pas chose évidente : le tsar doit donner son autorisation et la demande passe par de nombreuses mains avant d’être validée. L’attente est longue. Mais ce n’est pas tout ! A chaque étape du voyage, des tracas administratifs la retiennent dans telle ou telle ville et lui font perdre du temps et de la sérénité. Par ailleurs, par cette décision de s’exiler en Sibérie, elle perd tous ses droits et est désormais considérée presque comme une détenue. Lourd sacrifice pour une femme dont les sentiments pour son mari ont été malmenés et dont on se demande parfois si, ce qui la motive vraiment, n’est pas l’attrait de l’aventure et de la lutte.

          Ensuite, La gloire des vaincus s’avère être un opus singulièrement plus dépouillé que les deux autres. Michel, le père de Nicolas, personnage central dans La Barynia, s’efface ici : Sophie lui en veut d’avoir averti Nicolas de sa décision de rompre après l’infidélité de ce dernier et elle quitte ce beau-père secrètement amoureux d’elle sans regret, le cœur plein de haine et de dégoût. Nous partons donc, avec Sophie et Nikita pour une longue remontée vers le nord hostile du pays. La gloire des vaincus, c’est donc le récit d’une longue odyssée : celle d’une femme qui cherche à retrouver son mari et à vivre dans son environnement. La rudesse de ce pays est très bien évoquée par Henri Troyat : entre les congères, les tempêtes de neige, le froid, la promiscuité des gites où on relaie les chevaux… décidément, il faut avoir du courage pour se lancer dans un tel périple !

          L’émotion est aussi au rendez-vous, dans cet opus. Le jeune Nikita n’obtient pas l’autorisation de partir pour la dernière étape : c’est seule que Sophie entrera en Sibérie. Cependant, le jeune homme enfreint les ordres et se lance à la poursuite de sa barynia bien-aimée. Malheureusement, il est intercepté par la police ; dans la bagarre qui s’ensuit, il tue un homme et est condamné au knout. Son exécution est terrible et émouvante. Et le roman s’achève sur un cercle bien fermé de personnages : restent donc Sophie, Nicolas, et les dames de Sibérie (titre du prochain tome de la saga : La lumière des justes.) Car Sophie n’est pas la seule à avoir voulu rejoindre son époux en Sibérie. C’est donc dans cette petite communauté que vraisemblablement, nous allons plonger bientôt !



18/08/2016
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