LECTURES VAGABONDES

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Jean Teulé : Fleur de tonnerre/Roman raté pour une fleur fanée

 

 

          Et nous voilà repartis à la découverte de l’œuvre de Jean Teulé, de ses personnages historiques et extravagants. Avec Fleur de tonnerre, nous remontons jusqu’au XIXème siècle à la rencontre d’une extraordinaire empoisonneuse : Hélène Jégado. Son surnom, c’est Fleur de tonnerre. Ce surnom fait aussi office de titre pour ce roman paru en 2013 aux éditions Julliard.

          Nous sommes en Bretagne, à Plouhinec, terre bercée par les légendes et les superstitions. C’est là que la petite Hélène Jégado voit le jour. Très vite, la petite fille est fascinée par les menhirs et les histoires fantastiques liées aux endroits où ils s’érigent. L’Ankou, sorte de grande faucheuse en mode Bretagne, l’intéresse particulièrement au point de se sentir investie de la même mission : faucher des vies. C’est avec le poison qu’elle va officier tout au long de son parcours de cuisinière en Bretagne. Partout où Fleur de tonnerre passe, les habitants trépassent. Elle va, une vie durant, empoisonner des hommes, des femmes, des enfants. Son nom terrifie certains, car il paraît lié à une malédiction qui frappe les maisonnées où elle est employée comme cuisinière, tandis que d’autres commencent à la soupçonner d’assassiner ses hôtes. C’est vers cinquante ans qu’elle sera arrêtée, jugée et condamnée à mort. Elle est guillotinée les 26 février 1852.

          Les empoisonneuses, sujet battu et rebattu depuis la nuit des temps ! D’Agrippine, dans l’Antiquité, en passant par les sorcières du moyen-âge, La Brinvilliers et La Voisin au XVIIème siècle, ou encore, plus proches de nous, Violette Nozières ou Marie Besnard, l’histoire ne cesse de nous livrer des noms de femmes liés à ceux de sombres mixtures concoctées dans le secret des cuisines. Hélène Jégado, voilà une empoisonneuse célèbre que pour ma part, je ne connaissais pas. Elle aurait empoisonné au moins 97 personnes ! Qui dit mieux ? Le plus incroyable, c’est qu’en plein XIXème siècle alors que triomphent le positivisme la rationalité et les sciences, elle ait pu œuvrer de la même manière pendant des années, en toute impunité et en multipliant les victimes.

          Ceci dit, on ne peut pas dire que Jean Teulé se soit foulé pour écrire ce roman. Certes, 97 victimes, voilà de quoi noircir des pages et des pages. Encore heureux que l’auteur n’ait pas cédé à la tentation d’épuiser le nombre d’emoisonnés et donc, de démultiplier les personnages ! Ce livre est déjà assez ennuyeux du haut de ses quelques 250 pages à la large typographie. En effet, ce roman est affreusement répétitif. Fleur de tonnerre fait la tournée des maisons bretonnes et empoisonne ses maîtres à qui-mieux-mieux. Teulé ne prend pas le temps d’assoir ses personnages que déjà ils sont morts et que déjà, on passe à la prochaine bicoque avec toujours le même scénario. L’ensemble donne donc l’impression d’être joyeusement survolé.  

          Alors peut-être, me direz-vous, le personnage de Fleur de tonnerre est-il intéressant Eh bien non. Teulé n’est absolument pas entré dans son personnage qui reste superficiel et incompréhensible : voilà une femme simple et modeste à l’esprit pétri de légendes bretonnes ; elle tue parce qu’elle se prend pour l’Ankou, sorte de grande faucheuse bretonne. Rien d’autre. Soit Jean Teulé n’a ressenti aucune empathie pour Hélène Jégado qu’il a choisie comme héroïne pour son côté trash et parce que ce genre de personnages constitue son fonds de commerce, soit il a été dépassé par le mystère de cette empoisonneuse prolifique qui lui a échappé. Je vais peut-être être méchante, mais je crois que ces deux remarques sont justes l’une et l’autre, l’une comme l’autre. Jean Teulé avait-il à ce point besoin d’argent pour publier un tel roman ? Bâclé, peu inspiré, superficiel et répétitif avec cependant une accroche commerciale efficace : l’histoire d’une serial-killeuse pas mal cinglée.

          Alors bien sûr, comme dans tous ses romans, Jean Teulé manifeste un sens de l’humour noir – par exemple, Fleur de tonnerre prépare sa tambouille mortelle comme s’il s’agissait de confitures de grand-mère – mais ce dernier est insuffisant pour capter totalement l’intérêt du lecteur. De la même manière, l’écriture assez crue de Jean Teulé ne fait pas mouche ici, puisqu’il n’y a pas grand-chose à raconter.

          Bref, on peut dire que la « Teulé-touch » ne parvient pas, ici, à masquer la faiblesse de ce roman dont je déconseille la lecture, même aux inconditionnels Jean Teulé. Il est vrai que cet auteur multiplie les déceptions et accumule les romans écrits sans trop d’inspiration, ces derniers temps. Désormais, il devient bien difficile pour Jean Teulé de cacher son côté écrivain-dilettante !

 



15/10/2018
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