Jonathan Coe : Bienvenue au club/Lecture bienvenue.

          Ce roman de Jonathan Coe, Bienvenue au club, paru en 2001 aux éditions Gallimard, je l’ai lu il y a longtemps et j’en ai gardé un si bon souvenir que j’ai décidé de le relire pour l’inscrire dans mon blog.

          Ce roman met en scène une multitude de personnages de manière à brosser une grande fresque de l’Angleterre dans les années 70. Le roman débute à Berlin, en 2003. Sophie et Patrick se rencontrent pour évoquer le passé et notamment un oncle de Sophie : Benjamin. Retour donc, dans les années 70. Plusieurs familles se côtoient de près ou de loin dans cette bonne vieille ville de Birmingham. D’abord, il y a les Trotter. Colin est chef du personnel à l’usine de fabrication d’automobile de Longbrigde. Il mène une vie sans histoire auprès de son épouse Sheila, de ses deux fils - Benjamin, passionné de musique, et Paul - et de sa fille Lois. Puis, nous croisons les Anderton. Bill est responsable syndical à l’usine et a une maitresse, Miriam, qui disparait mystérieusement un jour et pour toujours. Il est marié à Irène et a un fils, Doug, ami de Benjamin Trotter. Enfin, Sam Chase, ouvrier à l’usine de Longbridge est marié à Barbara qui le trompe avec le professeur de dessin de son fils : Mr Plum. Les Chase ont un fils, Philip, également ami avec Benjamin Trotter. Ainsi, si tous les personnages adultes ont un lien avec l’usine de fabrication automobile de Longbridge dans laquelle une grève fait rage et menace de dégénérer, leurs enfants vont tous à la même école de King William. Le roman déroule la chronique de ces familles de Birmingham.

          Le personnage principal, c’est Benjamin, le fils Trotter. Il est amoureux de Cicely qui lui parait d’abord inaccessible, puis qui lui tombera finalement dans les bras. Pour elle, il compose de la musique en secret. Car Benjamin est passionné de musique et les années 70 sont riches en ce domaine. Il souhaiterait composer de grands morceaux symphoniques car à l’époque, c’est un genre à la mode. Mais d’autres styles et d’autres influences musicales existent. Les goût de Benjamin ne sont pas affirmés et changent beaucoup selon les personnes qu’il rencontre. C’est lorsqu’il se met à composer du rock symphonique que le genre se démode. Désormais, on ne jure plus que pour le heavy metal. Et comme Benjamin se cherche beaucoup, il se dit que peut-être il aimerait écrire. D’ailleurs, de temps à autre, il publie des articles dans le journal du lycée.

Sa sœur, Lois, est amoureuse de Malcolm qu’elle a rencontré en faisant  les petites annonces. Le jeune homme est également épris d’elle et a l’intention de la demander en mariage dans ce fameux pub où ils se rendent, un soir maudit. Maudit car l’endroit fera l’objet d’un attentat revendiqué par l’IRA. Malcolm y laisse la vie tandis que Lois, traumatisée, restera longtemps perturbée, muette, dépressive.

          Benjamin va à l’école de King William où il se lie d’amitié avec Doug Anderton et Philip Chase. L’année scolaire se déroule au rythme des cours, des représentations théâtrales ou manifestations sportives de l’école, des examens ou encore des différentes parutions du journal de King William dans lequel certains élèves écrivent des articles. Mais l’ambiance dans l’établissement n’est pas toujours bon enfant. Des conflits ouverts ou non agitent les élèves. D’abord, il y a le trublion controversé Harding dont les blagues piquantes et parfois méchantes ne sont pas au goût de tous. Par ailleurs, la présence au sein de l’école de Steve Richards, un élève noir, suscite des violences de la part d’élèves plus ou moins inféodés au parti nationaliste. Sa rivalité avec le raciste Culpepper donnera lieu à des violences. Et puis, il y a les professeurs : ceux qu’on déteste, ceux qui amusent, ceux qui suscitent l’intérêt (peu nombreux).

          Le second endroit phare du roman, c’est l’usine automobile où travaillent Colin Trotter, Sam Chase et Bill Anderton. Là aussi, l’ambiance est  houleuse, d’autant plus que les élections approchent. Les conflits entre les travaillistes et les conservateurs font rage. Le parti nationaliste agite les esprits contre les travailleurs immigrés. Depuis quelques temps, à l’usine, c’est la grève, menée tambour-battant par Bill Anderton. Certes, dans les années 70 en Angleterre, les syndicats sont puissants. Mais les temps changent et les délégués syndicaux n’ont pas tous l’honnêteté de Bill Anderton. Certains pactisent avec les patrons pour avoir une promotion. Bill est témoin de l’effritement du monde syndical dans les années 70. Bientôt, les conservateurs et Margaret Thatcher seront au pouvoir.

          Bienvenue au club nous offre donc un panorama riche, subtil et contrasté de l’Angleterre dans les années 70. Les idéaux et les luttes qui ont animé la fin des années 60 sont en train de disparaitre au profit d’une société capitaliste décomplexée et débridée. Et puis, il y a toutes ces violences causées par l’IRA ou les nationalistes.

          Mais n’oublions pas l’aspect « roman d’apprentissage » qui caractérise Bienvenue au club. De nombreux personnages sont des adolescents qui se cherchent et qui cherchent leur voie. C’est l’occasion aussi pour Jonathan Coe d’évoquer le panorama musical très riche de l’Angleterre des années 70.

          Saluons aussi la construction du roman, encadré par deux chapitres consacrés aux enfants de Lois et de Philip qui évoquent le passé de leurs parents, ce qui lui donne une patine nostalgique et poignante : les années 70, années charnières, sont désormais loin derrière et la tragique fuite du temps est ainsi soulignée. Les adolescents qui se cherchaient, qui avaient la vie devant eux, qui espéraient une vie professionnelle et sentimentale épanouissante sont devenus des adultes dont on ne sait pas grand-chose et leur absence au début et à la fin du roman laisse au lecteur l’impression qu’ils sont morts, même si ce n’est pas le cas. A l’intérieur du roman, la narration est classique, chronologique, bâtie sur une alternance de chapitres évoquant les uns ou les autres. Cependant, certains articles publiés dans le journal de l’école, des extraits de journaux intimes, des lettres, viennent s’y insérer et l’enrichissent. Notons également le très beau monologue intérieur de Benjamin qui, lorsqu’il vient de faire l’amour pour la première fois avec son grand amour Cicely, déambule dans Birmingham et voit son avenir tout en rose. Au détour d’un mot, à la fin, sa nièce Sophie indique qu’il a beaucoup souffert. Sans doute, les choses ne se sont pas passées comme alors il les rêvait et on imagine alors les illusions perdues de Benjamin comme les nôtres et celles de toutes une époque généreuse et idéaliste comme le sont les adolescents qui grandissent. Nostalgie, quand tu nous tiens !   

 



24/04/2018
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