Larry McMurtry : Tendres passions/Peu passionnant.

        Quelle ne fut pas ma surprise de tomber par hasard, en fouillant dans mon grenier, sur le roman qui a servi de support à un des films qui a marqué mon adolescence. Vous vous souvenez peut-être de cette comédie familiale et sentimentale pleine de sensibilité intitulée Tendres passions avec Shirley MacLaine, Jack Nicholson, et Debra Winger dans les rôles principaux. Eh bien, voici Tendres passions version livresque ; l’auteur : Larry McMurtry, l’année de parution : 1984, la maison d’édition : Presses de la cité.

         Aurore Greenway, la belle cinquantaine, est une belle veuve au caractère bien trempé qui collectionne des prétendants qu’elle malmène. Aurore a aussi une fille, Emma Horton, avec laquelle elle se chamaille souvent à cause de Flap, le mari de cette dernière qu’elle considère comme minable, sans envergure et sans intérêt. Cependant, un jour, Aurore jette son dévolu sur Hector, un général un peu rugueux, tout en continuant de fréquenter les autres prétendants. Plusieurs années plus tard, le mariage d’Emma bat de l’aile : malgré leurs trois enfants, Emma et Flap entretiennent chacun de leur côté des relations extraconjugales… et puis, un jour, Emma découvre qu’elle a un cancer incurable. Elle finit sa vie dans un hôpital du Nebraska, et confie ses enfants à sa mère afin de laisser à Flap, dont la fibre paternelle n’est pas très affirmée, la possibilité de refaire sa vie sans souci.

          Quelle déception que ce roman ! Avec le recul, je me dis que le film Tendres passions n’est peut être pas le chef d’œuvre du siècle, mais au moins, on se laisse emporter par l’émotion qui se dégage des personnages attachants et drôles campés par Jack Nicholson, Shirley Mac Laine ou encore Debra Winger. Ici, rien de tel. Passé les quelques pages du début au cours desquelles on fait connaissance avec une Aurore Greenway haute en couleur, qui dit bien en face tout ce qu’elle pense d’eux à ses prétendants tous très maladroits et peu assurés, on finit par se lasser des scènes qui se succèdent de manière répétitive : Aurore appelle Vernon, Trevor, Hector ou Alberto, invite l’un ou l’autre pour dîner, déjeuner ou autre… et finit par les éconduire de manière bien verte. Avec Emma, sa fille, ce sont sans cesse les mêmes scènes de disputes au téléphone. Bref, on finit par s’ennuyer et bien pire, on a l’impression de tourner en rond dans une histoire sans intérêt.

           Il faut bien dire que l’auteur du film a eu la bonne idée d’adapter librement le roman de Larry McMurtry. D’abord, les prétendants d’Aurore Greenway ont été évacués : seul le personnage incarné par Jack Nicholson, un astronaute farfelu et un peu bourru, tourne autour d’Aurore et finit par emporter son cœur. Dans le livre, point de trace d’un tel astronaute ; peut être le milliardaire Vernon a-t-il servi de support à ce personnage ? Ainsi, toute la première partie du roman (très longue ! Inutilement longue ! ) qui tourne autour d’Aurore et de ses prétendants, est-elle modifiée, allégée, et mêlée à l’histoire d’Emma – qui, dans le livre, fait l’objet d’une deuxième partie très courte, anormalement courte – on dirait presque une annexe ! -  vu la densité narrative et l’étendue chronologique couverte par la vie de la fille d’Aurore Greenway.

           Ainsi, le roman Tendres passions s’avère-t-il être bien décevant ! Si la première partie est trop longue et répétitive, elle grouille aussi de personnages inutiles que le film a évacués ; et pas seulement les prétendants ! La femme de ménage, Rosie et Royce, son mari volage et parfois violent, prennent une dimension ahurissante et on s’ennuie à lire toutes leurs histoires de ruptures et de réconciliation. Tout ça pour apprendre, vers la fin, au détour d’une phrase que Royce est mort d’une crise cardiaque. Enfin, l’histoire tragique d’Emma est évacuée en une bonne quinzaine de pages, à la fin du roman, ce qui entraine une étrange et maladroite accélération du rythme narratif. Tandis que la première partie patine sur quelques mois, les quinze dernières pages couvrent au moins une dizaine d’années pendant lesquelles les personnages de la première partie disparaissent plus ou moins.

           Bref, on l’aura compris, Tendres passions est un roman qui manque terriblement d’inspiration : sa construction est bancale et maladroite, ses personnages sont superficiels et peu attachants, ses dialogues sont carrément cucul-la-praline et indigents.     

            Ainsi, à tous les nostalgiques des films-cultes des années 80, je déconseille la lecture du roman qui a inspiré le film Tendres passions. Mieux vaut se rendre à la vidéothèque et revoir ce film qui n’est malheureusement plus guère diffusé sur nos chaines télévisées.



23/05/2015
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