Marcel Pagnol : L’eau des collines – Tome 2 – Manon des sources.

                Quoi de plus réjouissant que de se plonger dans le second tome du cycle de L’eau des collinesManon des sources – écrit par Marcel Pagnol en 1952 alors qu’on est en plein été ? Le roman se situe, en effet, dans cette belle Provence ensoleillée, en plein mois d’août pour l’action principale.

          Manon a désormais 15 ans. Elle vit dans la vieille bergerie avec la piémontaise Baptistine et sa mère, Aimée, qui tourne un peu du chapeau et passe son temps à écrire à un certain Victor Périssol. La jeune fille a pour occupation quotidienne d’aller faire brouter ses chèvres dans la garrigue, de braconner un peu, de ramasser des herbes aromatiques. Au village, les choses ont quelques peu changé avec l’arrivée d’un jeune instituteur féru de minéralogie. Aux Romarins, l’ancienne ferme de Jean de Florette, Ugolin produit les plus beaux œillets de la région et devient très riche. Un jour, alors qu’il chasse, l’homme se retrouve face à Manon qui le subjugue. La jeune fille, quant à elle, est attirée par l’instituteur, Bernard, qui vient régulièrement ramasser des cailloux dans la garrigue. Ugolin voudrait épouser Manon, mais la jeune fille se montre rétive devant ses avances : elle n’a, en effet, pas oublié ce qui se confirme : Ugolin et le Papet savaient où se situe la source et sont à la base de l’échec de son père – Jean de Florette - dans sa tentative d’élever des lapins aux romarins (voir Jean de Florette). Ivre de vengeance, Manon veut d’abord mettre le feu à la ferme d’Ugolin, mais un orage l’en dissuade. Alors qu’elle tente de retrouver un chevreau égaré, Manon trouve la grotte qui abrite la source souterraine abreuvant tout le village (y compris la source des romarins). Pour se venger d’Ugolin, du Papet, et de tout le village qui a laissé faire, elle bouche la source et le village se trouve à sec. Alors, c’est la panique. On se réunit à la mairie pour trouver des solutions. C’est là, devant tout le monde qu’Ugolin déclare son amour à Manon qui le dédaigne. On le retrouvera pendu. Cependant, le curé déclare qu’il faut faire une procession pour demander à dieu le retour de l’eau. Manon est invitée à la procession. C’est l’instituteur qui la convainc d’y participer. Cependant, la jeune fille lui montre l’endroit où la source trouve son origine et se laisse convaincre. Ensemble, ils libèrent l’eau dans la grotte souterraine. Celle-ci revient en plein milieu de la procession. Miracle ! Et tout est bien qui finit bien pour tout le monde : Victor Périssol se pointe au village et finit par épouser Aimée, Manon épouse l’instituteur et met au monde un fils prénommé Jean. Reste le Papet qui découvre qu’il était le père de Jean de Florette sans le savoir : la lettre qui annonçait la nouvelle s’est égarée alors qu’il était à la guerre en Afrique. Il meurt en laissant tous ses biens à Manon dans une lettre d’adieu très émouvante.

           Dans Manon des sources, le personnage le plus intéressant par son côté tragique, c’est sans doute Ugolin. Au départ, il reste détestable : avare, il cache son argent qui s’accumule dans une cachette. Mais dès qu’il rencontre Manon sur son chemin, il tombe amoureux jusqu’à la folie. D’abord, il s’obstine : malgré les signes négatifs que lui envoie Manon, il persiste ; il la demande en mariage, lui déclare son amour plusieurs fois. Timide, chaque jour, il part dans la garrigue là où il sait qu’elle mène ses chèvres et lui offre des cadeaux anonymes : du gibier qu’il place dans les collets qu’elle a tendus. Puis, seul chez lui, il se parle à lui-même ; il est prêt à tout lui donner et voit désormais l’accumulation de l’argent comme inutile. Il se coud sur sa poitrine un bout de ruban qu’il a trouvé. Devant l’indifférence haineuse de la jeune fille – elle sait qu’il est en partie responsable de la mort de son père – il se suicide en lui laissant tout son bien.  

          J’ai sans doute préféré Jean de Florette, mais dans Manon des sources, les personnages qui habitent le village n’ont plus un rôle collectif ; ils sont davantage personnalisés. On distingue deux groupes : d’une côté, les mécréants qui critiquent le curé, et qui passent leur temps à jouer aux boules en sirotant un pastis, de l’autre, ceux qui vont à l’église. Ces deux camps se fustigent réciproquement. Leur évocation est aussi l’occasion de brosser un tableau gentiment satirique d’un village provençal avec ses petites rivalités et ses cancans. Parmi ces personnages, on citera principalement Philoxène, Ange et Pamphile.

          Quant au personnage éponyme, Manon, c’est une sauvageonne qui est surtout prétexte à chanter la nature provençale à travers sa faune, sa flore, son relief, et jusqu’à ses cailloux.

          Enfin, le roman est construit selon  une succession de petites scènes de la vie quotidienne : une promenade dans la garrigue, des rencontres entre différents personnages, des foires d’empoigne entre ces derniers, autant de petits bouts de vie qui pourraient faire l’objet de scènes théâtrales et on sait le goût de Pagnol pour le théâtre. Malgré tout, c’est bien face à un roman qu’on est confronté, un roman à l’écriture souvent naïve, mais qui ne manque pas de saveur et de force. Derrière les mots, derrière les phrases, on a l’impression d’entendre l’accent chantant de la Provence.

          Cependant, le roman n’échappe pas à un certain manichéisme qui se révèle principalement à la fin. Les méchants sont punis : Ugolin se suicide, le Papet meurt après avoir bu la liqueur amère de la vérité : il est l’acteur principal de celui dont il ignorait qu’il était le père et il finit sa vie en cherchant à apercevoir, chaque jour, sa petite fille Manon. Les bons trouvent le bonheur, et pour ce faire, Pagnol a eu l’idée saugrenue d’inventer le personnage de Victor Périssol qui permet à la mère de Manon, Aimée, de refaire sa vie dans sa passion première : le chant lyrique.

          Ce second et dernier tome de L’eau des collines est bien plaisant, même si on aime davantage Jean de Florette pour son action dramatique. Et s’il fait chaud, ici, dans le Tarn, ce n’est pas en lisant ce roman – Manon des sources - gorgé de soleil qu’on se rafraichit !

 



06/11/2017
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