Patrice Pelissier : L’homme qui en voulait trop/ On en aurait voulu un peu plus !

          Après l’homme qui ne savait pas dire non, voici l’histoire d’un autre homme ; celui-là, il en veut trop. C’est en tout cas le titre d’un roman écrit par Patrice Pelissier en 2012 et paru aux éditions des Presses de la Cité : l’homme qui en voulait trop.

          Nous sommes dans le massif du Sancy, en Auvergne, dans un hameau isolé qui ne compte que 5 habitants. C’est le mois de Décembre et une tempête de neige fait rage, coupant toute communication avec l’extérieur. Un homme de passage – qui a le profil d’un parasite – alors qu’il descend vers Montpellier, s’arrête là et trouve refuge chez une hollandaise, Julia, établie dans une petite maison. Il s’appelle Alex Marchand et entame une liaison avec elle. Cependant, la tempête de neige est telle que les 5 habitants trouvent refuge chez Noémie qui tient un gite et possède la maison la mieux chauffée et la plus confortable. Notre joyeuse équipe mange et boit en attendant l’accalmie. C’est sans compter l’arrivée d’un inconnu : Maurice Jésup. L’homme détient 500 000 euros en bons au porteur et se propose de racheter tout le hameau pour y bâtir une infrastructure touristique. Dès lors, il y a de la zizanie dans l’air : certains sont tentés par la proposition, d’autres non. Les choses s’enveniment lorsque Maurice Jésup est retrouvé mort d’une attaque cardiaque. Car l’argent est là, à portée de main. S’ensuit un carnage. C’est d’abord Noémie qui ne veut pas qu’on touche à l’argent d’un mort et qui, poussée dans l’escalier, se fracasse la tête. André, dépité, veut se suicider et le coup part, aidé en cela par Alex qui veut l’argent pour lui tout seul. Dès lors, Sylvie, Julia et Alex s’entretuent. Sylvie meurt d’un coup de couteau tandis que Julia et Alex se battent à coups de fourche. Le seul survivant, c’est Alex, mais il est très grièvement blessé et succombera à ses blessures à l’hôpital. Lorsque la police arrive, l’argent a disparu. L’enquête s’avère difficile. En réalité, rien de plus simple. C’est Jean, sur son chasse-neige, qui est le premier à avoir découvert la scène de crime et qui a pris l’argent pour aller se la couler douce aux Seychelles.

          Le roman est construit selon l’alternance de l’enquête policière menée à la suite de la découverte des cadavres, le 5 décembre, et la narration par Alex du huis-clos causé par la tempête de neige qui débute avec son arrivée dans le hameau des Combes, le 25 novembre. Si la partie « enquête » offre peu d’intérêt, la seconde partie offre un suspense tout à fait intéressant.

          En effet, cette partie propose un huis-clos frigorifique assez prenant : la tempête de neige contraint 6 personnages à se replier dans un gite et l’affaire se joue sur un rythme assez rapide puisque nos loustics, après s’être bien amusé ensemble et après avoir bien picolé, se retrouvent face à un élément perturbateur qui va les faire basculer dans l’animosité et la colère ; le tout se termine par une crise violente au cours de laquelle ils s’entretuent. Cependant, si Patrice Pelissier table sur une action efficace, l’ensemble parait trop rapide et assez peu creusé : on aurait aimé que la tension monte plus lentement et déploie une analyse plus précise de la psychologie de chacun.

          Par contre, la partie qui concerne l’enquête me semble beaucoup moins intéressante. D’une part, parce qu’elle ne débouche sur rien ; d’autre part, parce qu’elle parait inutile. En effet, les enquêteurs sont réunis autour de la scène de crime, puis dans le local où se déroulent les autopsies et on apprend seulement comment chaque personnage est mort. Un peu maigrichon ! Reste qu’il est quand même intéressant de mettre en regard l’enquête et le drame qui aboutit à ces funestes morts violentes sans mobile apparent. En effet, on ne s’attend pas à la chute et l’enquête a le mérite de faire planer le mystère : comment, en effet, est-il possible, alors que tout se joue à huis-clos, que les 6 personnages soient morts ? Obligatoirement, il doit y avoir un meurtrier parmi les 6 victimes qui auraient alors dû être au nombre de 5 + 1 meurtrier.

          On apprécie également la chute inattendue du roman qui se termine en boucle par la résolution du mystère liée au personnage qui découvre la scène du crime.

          L’homme qui en voulait trop est donc un roman qui se lit vite et bien. On se demande néanmoins pourquoi la narration du drame est faite par Alex, personnage qui meurt à la fin du roman. Peut-être est-il doué d’un don paranormal qui lui permet de témoigner d’outre-tombe ? Cette incohérence est aussi un bémol que j’ajoute à la critique de ce roman néanmoins bien agréable à lire.

 



04/03/2018
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