Philippe Djian : 37°2 le matin/La bonne température

           En revoyant il y a peu un des films cultes des années 80 – 37°2 le matin de Jean-Jacques Beneix – j’ai eu envie de relire le roman qui en est la base : 37°2 le matin, écrit par Philippe Djian et paru en 1985 aux éditions Bernard Barrault.

          Betty débarque sans crier gare, un matin, chez le narrateur (on ne connait pas son nom) et pose ses valises dans son bungalow. Commence alors une grande passion entre lui qui s’occupe de la maintenance des bungalows dans une zone située non loin de la mer. Un jour, Betty découvre un manuscrit et elle est enthousiaste : elle croit en nôtre héros qu’elle considère comme un écrivain génial. Elle entreprend donc de taper le manuscrit et de l’envoyer à toutes les maisons d’éditions possibles. Entre temps, changement de décor : le propriétaire des bungalows veut que tout soit repeint à neuf ; résultat : Betty y met le feu et nos amoureux débarquent à Paris où la meilleure amie de Betty, Lisa, tient une pizzéria avec Eddie. La vie à quatre commence. Entre moments de bonheur, de travail harassant, et aussi de crise car quand Betty reçoit des lettres de refus des maisons d’édition, rien ne va plus. Un jour, la mère d’Eddie meurt et celui-ci demande au couple de faire marcher la petite boutique de vente de pianos qui se situe dans le sud. Après quelques travaux, l’affaire est lancée.  Mais c’est sans compter les ennuis qui reprennent : se croyant enceinte, et en voyant les résultats négatifs, Betty se taillade les cheveux. Mais pourquoi Betty ne sait-elle être heureuse ? Pour elle, le narrateur est allé dévaliser un entrepôt de transfert de fond en se déguisant en femme. Pourtant, c’est le déguisement qui amuse Betty ; l’argent, elle s’en fout. Pourtant il y a là de quoi réaliser plein de rêves ! La psychose de cette dernière ne fait qu’amplifier. Un jour, elle enlève un petit garçon et loue tout l’étage d’un magasin de jouets. L’affaire se termine en course-poursuite. Le narrateur a de plus en plus de mal à communiquer avec sa bien-aimée qui lui échappe totalement, désormais. Un jour, la catastrophe se produit : Betty s’arrache un œil et doit être hospitalisée. Sa raison ne  revient pas. Après plusieurs esclandres à l’hôpital, la narrateur décide d’en finir, se glisse incognito dans la chambre de Betty qu’il étouffe sous un oreiller. Pourtant accablé, le narrateur se remet à écrire et consacre tout son temps à cette activité, laissant la boutique de pianos s’effondrer.

         Avant tout, 37°2 le matin, c’est une belle histoire d’amour  extrême entre une espèce de looser désenchanté qui n’a qu’une envie : qu’on lui fiche la paix. Par ailleurs, il est assez contemplatif et sait apprécier un beau coucher de soleil ou encore une bonne bière bien fraiche. Et amoureux ! oui, amoureux fou de Betty qui présente un trouble de la personnalité qui finit par mettre à mal la belle histoire d’amour. Mais en mourant, comme un contrepoids, la mort de Betty réveille l’inspiration du narrateur qui se plonge dans l’écriture car pour lui  plaire, le narrateur tente tout, même de décrocher la lune. Mais elle, ce qu’elle veut, c’est que son amoureux soit un écrivain de génie… ce qu’il devient après la mort de celle qui croyait tant en lui.     

          Ainsi donc, le narrateur de 37°2 le matin n’est pas loin du nihiliste Bardamu dans le voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline. Nous retrouvons ce même type de personnage désabusé, revenu de tout, qui sans ambition personnelle, cherche un coin perdu pour vivre loin des autres. Sauf qu’ici, notre pseudo-Bardamu est amoureux. N’empêche, c’est une vision noire du monde et de la société qui est véhiculée par Djian : le monde est rempli de sacrés cons, de sacrés emmerdeurs qu’il faut éviter pour être heureux. Pourtant, contrairement à Céline dans le voyage au bout de la nuit, les paysages dépeint dans 37°2 le matin sont souvent lumineux, comme pour faire contrepoids à la noirceur du reste. L’histoire se passe en majeure partie sous le soleil de plomb du sud de la France. L’écriture de Djian, d’ailleurs n’est pas loin de celle de Céline : argotique, relâchée, dans un style oral ; elle n’est pas dénuée d’originalité et propose des métaphores et comparaisons surprenantes et pleines d’imagination :

 

        « La vie, c’est pas un stand de foire avec tout un tas de lots bidons à décrocher et si t’est assez dingue pour te mettre à miser, tu t’aperçois vite que la roue s’arrête jamais de tourner »

 

          Ceci dit, le roman regorge d’épisodes délirants, burlesques, auxquels j’ai eu du mal à adhérer. Par exemple, Betty, en mal de maternité, kidnappe un enfant dans la rue, et avec l’argent volé par le narrateur, loue toute une partie d’un magasin de jouets ; la chose se termine par une course-poursuite à travers les rues. Autre exemple : le narrateur commet un hold-up up dans un entrepôt de transferts de fonds, déguisé en Joséphine (maquillage outrancier qui fait ressembler le narrateur en drag-queen). Et puis, il y a Betty, qui, plus le roman avance, s’efface et le lecteur finit presque, parfois, par oublier qu’elle est un personnage principal. Ceci dit, plus le roman avance, plus la communication avec elle est difficile, ceci expliquant cela.

          Enfin, le roman regorge de personnages cocasses, notamment l’épicier dont la boutique est proche de celle de pianos que tiennent nos deux héros. Bob et Annie est un couple qui s’engueule tout le temps, qui ont d’énorme problèmes sexuels, les enfants sont emmerdants. Ce couple peut être mis en abyme avec celui formé par la narrateur et Betty : que deviendraient-ils s’ils s’installaient définitivement dans un commerce et avaient des enfants ? On peut imaginer que le couple Bob-Annie, c’est l’avenir de couple de nos héros. 37°2 le matin offre du couple, une vision noire, également.

          Alors si vous aimez le film de Beneix, vous aimeriez le roman de Djian. L’un est fidèle à l’autre, tant du côté de l’histoire que de celle de l’ambiance globale qui sévit dans le film. L’œuvre traite de l’inspiration de l’écrivain, Betty étant pour lui, une espèce de Pygmalion. Il traite aussi de la difficulté à aimer lorsqu’on est face à quelqu’un qui souffre de troubles de la personnalité : ce qui donne une histoire d’amour extrême, douloureuse, et belle à vous couper le souffle.  

 



15/09/2017
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