LECTURES VAGABONDES

LECTURES VAGABONDES

Anthony Breznican : Brutes / Ennui brutal.

         

          Tous les ans, à l’époque de la rentrée des classes, la pratique du bizutage fait polémique. Il faut dire que les dérapages sont fréquents et vont parfois jusqu’au viol ou jusqu’à des actes qui portent atteinte à l’intégrité de la personne. Anthony Breznican s’empare du sujet dans son premier roman intitulé Brutes, paru en 2015 aux éditions Denoël.

          Années 90. Nous sommes à Pittsburgh, au lycée catholique de Saint Mike. Là se livre un harcèlement permanent des élèves de dernière année sur ceux de première année. Stein et Davidek – tous deux en première année - se lient d’amitié dans l’adversité. Les deux garçons sont amoureux de la même fille : Lorelei ; mais c’est avec Stein que la jeune fille accepte de sortir. Chaque élève de première année a une sorte de binôme attitré en dernière année. C’est ainsi que Davidek hérite de la pire marraine qui soit : Hannah Kraut sème la terreur car il semblerait qu’elle détienne un carnet dans lequel elle aurait consigné tous les secrets inavouables des élèves ; elle a donc la possibilité de se servir de ce carnet comme d’un couperet qui pourrait s’abattre sur eux à tout instant. Même le père Mercedes cherche à savoir si Hannah connait son secret : il détourne des fonds destinés au lycée pour assouvir sa passion du jeu. Ainsi, l’année scolaire s’écoule entre humiliations et harcèlements de tous genres. Et puis un jour, c’est le drame : Stein tente de se suicider après que Lorelei l’a laissé tomber. Il disparait du lycée. Enfin, le pique-nique des bizuts approche : on craint qu’Hannah ne révèle les secrets de tout le monde : on fait donc pression sur Davidek, son binôme, pour savoir ce qui se trouve dans ce fameux carnet. Mais la jeune fille a bluffé tout le monde : elle ne détient aucun carnet. Tout se termine bien, donc. La cérémonie de fin d’année a lieu et tout le monde se sépare alors que le lycée, en péril, est sauvé.

          Si le thème de l’univers impitoyable de l’école lorsqu’elle est la proie de comportements violents de la part de certains élèves est alléchant, si la quatrième de couverture annonce de manière prometteuse « un roman d’apprentissage inversé », on est absolument déçu – et c’est peu de le dire – par Brutes. En effet, à l’insignifiance de l’ensemble s’ajoute un scénario pas très bien ficelé. Le tout pour une bonne dose d’ennui. D’ailleurs, une semaine après avoir achevé ce roman, je me rends compte qu’il est plus que temps de torcher cet article car déjà l’oubli frappe ma mémoire ! Je ne me souviens plus, par exemple, de ce qui a entrainé la rupture de Stein et de Lorelei ! Enfin ! On s’en passera !

          Eh oui ! Le titre – Brutes - semble annoncer un roman plutôt violent et mettant en lumière les comportements déviants pendant les bizutages. On est alors étonné de se trouver devant des bandes d’ados qui cohabitent tant bien que mal au sien d’un lycée en décrépitude. En réalité, il y a peu de bagarres et l’ensemble du bizutage est plus ou moins cadré par la direction : des bals, des fêtes, des pique-niques pendant lesquels les élèves règlent leurs comptes. Sauf que tout se passe plutôt bien. Rien ne dégénère vraiment, et les humiliations sont souvent simplement verbales. Parfois, à la cantine, tel ou tel première année reçoit une plâtrée de purée sauce tomate sur sa chemise. On est donc enchanté de poursuivre de telles lectures passionnantes ! A quand les poissons d’avril accrochés dans le dos ? Quant à la terreur du lycée, Hannah Kraut, elle ne fait strictement rien et s’avère totalement inoffensive puisque le cahier qui devait consigner tous les secrets des uns et des autres était un pur fantasme ! Youpi ! Terminer par une telle queue de poisson, par un tel non-événement, après tant de pages ennuyeuses ! A ce moment-là, on a la rage !

          Par ailleurs, le scénario est plutôt faible : lorsque Lorelei quitte Stein, elle quitte aussi le roman et ce personnage important se perd, par la suite. Les sentiments que Davidek éprouve pour cette fille sont évoqués mais ne débouchent sur aucune intrigue et le jeune homme l’oublie lorsque Stein se suicide : la veine amoureuse aurait pu être exploitée, donner lieu à une rivalité masculine ! Mais il ne faut pas trop en demander à Anthony Breznican. Lorsque Stein tente de se suicider, il disparait du roman, lui aussi. Le père Mercédès, qui peut paraitre inquiétant est finalement sans pouvoir, etc, etc… Je ne peux évoquer tous les personnages : ils sont très nombreux et très dispensables ; pour toutes ces raisons, on les oublie vite.

          Pour étoffer quelque peu ses personnages principaux, Antony Breznican a cherché à les appréhender aussi dans leur univers familial : un univers souvent assez glauque, où l’absence de communication est reine. Mais on se demande à quoi servent ces détails familiaux puisqu’ils ne débouchent sur rien dans ce roman essentiellement axé sur le lycée de Saint Mike.   

          Je déconseille vivement ce roman : il est encore plus débile qu’une heure de cours avec la classe de seconde que je me tape cette année… Et si cette comparaison n’évoque rien de bien concret pour vous, moi, je vous assure que je me comprends et que vous avez tout intérêt à me croire sur parole !

 



21/01/2018
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