LECTURES VAGABONDES

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Emmanuelle de Boysson : Les années Solex/Nostalgie, quand tu nous tiens !

          Avec Les années Solex, Emmanuelle de Boysson – qui fait paraître ce roman en 2017 aux éditions Héloïse d’Ormesson – nous emmène quelques décennies en arrière, dans les années 70 : c’est l’occasion pour l’auteure de plonger dans la nostalgie d’une époque qui a bercé, sans doute, son adolescence.

          Juliette Monin, 14 ans, est née dans une famille bourgeoise d’Alsace. Elle s’entend très bien avec sa cousine, Camille, jeune fille d’apparence assez délurée mais somme toute bien conventionnelle : elle rêve d’un beau et bon mariage avec un jeune homme de bonne famille. Juliette est sensiblement différente : son adolescence est marquée par la révolte contre son milieu social ; en bonne héritière de mai 68, elle rêve de révolution et tombe amoureuse de Patrice Lanterneau, jeune garçon qui épouse les idéaux communistes et révolutionnaires. Tandis que certains jouent les révoltés pour mieux se caser ensuite, Patrice suit une lente dérive qui l’entraine vers la drogue et le suicide tandis que Juliette s’oriente vers l’écriture.

          Lorsqu’on ouvre Les années Solex, on n’échappe pas à la sensation d’agacement propre à tous les romans qui évoquent la jeunesse de mai 68 avec la certitude que cette dernière a tout inventé : la liberté, l’égalité, la fraternité et la révolte contre les conventions. Bien sûr, Les années Solex s’inscrit totalement dans ce travers puisqu’elle propose des personnages adolescents, pétris des idéologies de l’époque.

          Cependant, Emmanuelle de Boysson est plus subtile qu’il n’y parait car elle sait, à de nombreuses reprises, se montrer ironique. En effet, l’auteure se moque de la tambouille idéologique que nos jeunes apprentis révolutionnaires servent à volonté ; ainsi donc, en avant le communisme, l’autogestion, l’amour libre… Pourtant, les personnages n’ont ni le cran ni la volonté de porter au-delà de l’adolescence ces principes révolutionnaires et idéalistes et une fois adultes, en gros, ils travaillent, se marient et ont des enfants comme leurs parents et leurs grands-parents avant eux.

          D’ailleurs, les personnages sont–ils vraiment convaincus par ces principes qu’ils ne cessent pourtant de ressasser ? Si l’héroïne, Juliette, se révolte contre la morale bourgeoise bien installée dans sa famille, elle se sent bien dans ce milieu ; attachée à son terroir d’origine, l’Alsace, elle évoque avec bonheur les figures familiales qui l’entourent et les maisons dans lesquelles elle grandit paraissent être des refuges protecteurs et chaleureux.

          Ainsi, Les années Solex s’inscrit dans la tradition des romans d’apprentissage qui mettent en avant des adolescents idéalistes et rebelles qui finissent par perdre leurs illusions lorsque l’âge adulte approche. En ce qui concerne Juliette, la perte de son Solex et le suicide de Patrice sonnent la fin de l’adolescence et l’échec de la révolution anarchiste de mai 68.          

          Cependant, notre héroïne ne rentre pas totalement dans le moule conventionnel de la bourgeoisie puisqu’elle veut devenir écrivaine tandis que les autres font de beaux mariages. Et puis elle n’oublie pas son grand amour : Patrice. Totalement révolté, il épouse les idéaux soixante-huitards et se suicide quand il se rend compte de leur échec à exister ailleurs que dans les rêves.

          On l’aura compris, Les années Solex fleurent bon la nostalgie d’une époque : celle du Solex, des bandanas et des pantalons à pattes d’éléphant. On peut rapprocher ce roman d’un film particulièrement réussi : Diabolo-menthe de Diane Kurys, évoque l’adolescence du début des années 60 entre secrets, mensonges et aspiration à la liberté dans une société rigide et sclérosée.

          En cette année 2018, nous allons fêter les cinquante ans de mai 68. Les années Solex est un roman qui reconstitue avec un certain bonheur, l’esprit libertaire et contestataire de cette époque. Puis viennent la désillusion et la trahison de cet esprit, lorsque les jeunes étudiants seront devenus des bourgeois conformistes et matérialistes.

 



07/01/2019
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