Claude Michelet : Les gens de Saint-Libéral - Tome 3 – L’appel des engoulevents.

 

            Après avoir lu Des grives aux loups et Les palombes ne passeront plus, je n’ai pu résister à l’appel du tome III de la saga Les gens de Saint-Libéral ( ouh là, le bon mot !), tome intitulé L’appel des engoulevents, écrit par Claude Michelet et paru en 1990 aux éditions Robert Laffont.

           Nous reprenons l’histoire de la famille Vialhe, agriculteurs de père en fils, au début des années 70. Les Vialhe les plus âgés vivent ensemble dans la ferme familiale (Pierre-Edouard, Mathilde, Louise, et Berthe), mais c’est Jacques et Michèle qui ont repris l’affaire, cultivant les terres et élevant du bétail. A l’image de ces personnages, le village de Saint-Libéral vivote et s’enlise dans la torpeur : de nombreuses exploitations sont abandonnées, viennent s’installer au village des gens qui n’ont aucune tradition paysanne ; l’église a été pillée faute de fréquentation, c’est une épicerie ambulante qui dessert Saint-Libéral, l’école menace de fermer. Cependant, Jacques est aussi le maire de Saint-Libéral et pour redynamiser le patelin, il songe à monter une association d’anciens : l’activité entrainerait la réouverture de l’auberge, la mise en place d’infrastructures de loisirs qui attireraient du monde. Mais que deviennent les enfants de cette troisième génération Vialhe ? Dominique est ingénieur et travaille à l’étranger : d’abord en Algérie, puis en Guyane, puis en Tunisie. Il a épousé Béatrice et le couple attend un heureux événement alors que Dominique décide de rompre le contrat qui l’unit à Mondiagri : il a envie de renouer avec la terre et une agriculture honnête et humaine. Chez Guy, le frère de Jacques, avocat à Paris, il faudra compter avec Jean qui souhaite faire des études d’agronomie pour devenir éleveur. Quant aux enfants de Mauricette, ils sont partis bien loin de la terre : Josyane, notamment, est un véritable globe-trotter : elle épouse Christian, un photographe dont elle attend, elle aussi, un enfant. C’est sur cette idée très simple que la roue tourne et que les générations se perpétuent sans jamais oublier leurs origines que se referme ce tome III de la saga Les gens de Saint-Libéral.

             Fidèle à son propos, Claude Michelet continue de proposer, à travers le tome III de la saga de la famille Vialhe, une histoire des paysans en France. Désormais, l’agriculture traditionnelle est moribonde : Jacques n’arrive pas à joindre des deux bouts sur l’exploitation familiale désormais trop petite pour nourrir son homme. Perclus de douleurs dans le dos, il sera victime d’une attaque qui sera le déclencheur d’un retour des Vialhe vers la terre à exploiter d’une autre façon : désormais, c’est dans le haut de gamme qu’il faut s’investir si on veut encore vivre de la terre : c’est ce que proposent de concert Jean, son petit-fils qui souhaite devenir éleveur, et Dominique, son fils, qui, écœuré des méthodes de Mondiagri (on ressent l’allusion à peine voilée à Mon
santo qui aliène les agriculteurs à leurs produits) songe à revenir sur les terres familiales.

Cependant, Claude Michelet peine à faire du monde agricole sa seule source d’inspiration pour ce tome III. D’abord, parce qu’il est vrai que dans toute famille d’agriculteurs traditionnels, on voit les enfants partir et s’engager vers une autre voie que celle de la terre : il est donc logique que, dans la famille Vialhe, nombreux soient ceux qui migrent dans d’autres domaines : en effet, après Jacques, qui reprendra la ferme ? Mais tels les engoulevents, ces oiseaux migrateurs qui reviennent là où ils sont nés, plusieurs descendants des Vialhe seront présents au rendez-vous de la terre.

              Mais on sent aussi que les autres domaines d’activités embrassés par les enfants Vialhe n’intéressent pas l’auteur, ou, du moins, les saisit-il mal ; ainsi l’auteur se lance-t-il plutôt dans des histoires d’amour du style romance à l’eau de rose : Dominique rencontre Béatrice dans l’avion qui le ramène d’Algérie vers la France, Josyane quitte Gilles à Tahiti pour tomber dans les bras de Christian. Cependant, ces personnages ont aussi une activité professionnelle : par exemple, Dominique est ingénieur agronome. Mais Claude Michelet sèche lorsqu’il s’agit d’exploiter cette dimension-là des personnages. Bien évidemment, « l’amour-toujours » est au cœur de tous ces couples qui se forment : car si le divorce se banalise dans les années 70, c’est à travers un personnage lointain (une des filles de Mauricette) qu’il est appréhendé (Marie n’est finalement qu’un nom dans la généalogie Vialhe qui s’est tellement développée qu’il est impossible pour l’auteur de les faire vivre tous dans son roman). Cependant, l’amour évolue de manière révolutionnaire dans ce roman ! Nos personnages couchent ensemble ouvertement avant le mariage ! En plus, ils ne se marient plus à l’église ! Mais on sent bien que finalement, pour eux aussi, c’est parti pour la vie, tout comme pour les couples plus anciens : Mathilde et Pierre-Edouard en tête. 

             Tout compte fait, si le roman l’appel des engoulevents n’a pas la saveur des deux premiers tomes, s’il est un peu plus cucul la praline que les autres, je pense qu’il vaut le coup qu’on s’y intéresse si on a apprécié le début de la saga. Ce tome III s’achève avec la mort de Pierre-Edouard, le patriarche, tandis que nait son arrière-petit-fils : on espère juste que le dernier tome : La terre des Vialhe, ne se disperse pas trop, à l’image de ces anciennes familles de paysans qui n’ont plus rien à voir avec la terre et dont chaque membre mène la vie qu’il entend dans diverses voies plus rentables et moins fatigantes que celles de la terre.



25/10/2015
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