Katarina Mazetti : Le mec de la tombe d’à côté/Un roman à côté de la plaque.

 

                En cette veille de Toussaint, il est de bon ton d’aller faire un petit tour dans les cimetières où reposent nos défunts parents. Alors, pour marquer un peu le coup, je vous emmène en virée du côté d’un ancien roman de Katarina Mazetti intitulé Le mec de la tombe d’à côté, paru en 2006 aux éditions Gaïa.

                Désirée est veuve depuis peu et se rend très souvent sur la tombe de son défunt mari : Örjan. C’est au cimetière qu’elle rencontre Benny : sa mère repose dans la tombe de très mauvais goût qui jouxte celle d’Örjan. Au départ, nos deux héros ne s’apprécient pas : ils se jaugent et se toisent avec mépris. Mais le jour où leurs yeux se rencontrent et qu’ils se sourient, c’est le coup de foudre. Désirée et Benny commencent à se fréquenter. Cependant, tout les oppose. En effet, Benny est agriculteur et travaille énormément. Il vit à la campagne et n’a aucun atome crochu avec la culture. Désirée est bibliothécaire et aime lire. Elle aime sortir, aller à l’opéra, etc… Ainsi, nos deux tourtereaux ne savent se passer l’un de l’autre, mais ils se disputent fréquemment. Un jour, ils doivent se rendre à l’évidence : ils ne sont pas faits l’un pour l’autre. Ils décident de rompre. Cependant, Désirée voudrait un enfant. Elle recontacte donc Benny, car elle veut que son enfant soit de lui. Il accepte. Sans doute, ces deux là finiront-ils quand même ensemble !

                Le roman est construit selon une succession alternée de chapitres consacrés tantôt à Désirée, tantôt à Benny. Ainsi l’intrigue évolue-t-elle selon les points de vue opposés et complémentaires des deux héros. Tandis que Désirée souhaite convertir Benny à la culture, Benny rejette ces velléités et rêve d’une épouse qui s’occuperait de la ferme et l’aiderait dans les tâches agricoles. Ainsi, l’intrigue repose-t-elle sur l’opposition culturelle et sociale de Désirée et de Benny, opposition normalement propice à quelques situations et réflexions cocasses.

                En effet, avec Le mec de la tombe d’à côté, on s’attend à rire, ou au moins, à sourire. En tout cas, c’est ce que le titre et la quatrième de couverture promettent. J’avoue que sur ce coup-là, j’ai été déçue. Les situations imaginées par Katarina Mazetti sont totalement gnangnans et cucul-la-praline. Ainsi, Désirée et Benny s’embrouillent-t-ils à cause de boulettes de viande insipides – Désirée ne sait pas faire la cuisine - ou parce que leurs fringues respectives ne leur agréent pas. Et le roman s’étire en accumulant une série de situations quotidiennes insignifiantes qui n’amusent que l’auteure, laquelle n’a d’autre inspiration que celle d’alterner les scènes de disputailleries et de réconciliations sur l’oreiller. Pour étoffer un peu l’ensemble, Katarina Mazetti balance dans sa pauvre tambouille quelques personnages secondaires destinés à relever un peu le tout. Peine perdue. Si on est d’abord intrigué par Inèz, la collègue de Désirée, qui passe son temps à monter des dossiers sur les uns et les autres, très vite, on perd de vue cette drôle d’hurluberlue qui devient une vague confidente de Désirée. Quant à Märta, l’amie de notre héroïne, elle sert, elle aussi, de confidente et ses lorsque ses aventures sentimentales la conduisent à l’hôpital psychiatrique, on a droit à quelques scènes de confidences inversées.

                Alors, bien sûr, lorsque, comme de bien entendu, le torchon finit par brûler entre nos deux amoureux, on s’attend à une belle réconciliation finale. Mais la très malicieuse Katarina Mazetti s’amuse avec le conventionnel happy end « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ». En effet, Désirée demande à Benny de lui faire un enfant… mais rien de plus. Elle est obnubilée par son horloge biologique et propose donc à son grand amour d’être un simple géniteur… un taureau reproducteur. Très drôle, vraiment, que cette petite relecture du joyeux final conventionnel des romans « pour nous les filles » ! Bien sûr, le lecteur est incité à imaginer que les choses ne s’arrêteront pas en si bon chemin ! Benny est en effet, très prompt à saisir l’occasion : il ne se met pas en colère d’être ainsi traité – comme un bel étalon et rien d’autre - par son ex-dulcinée et accepte le challenge avec empressement.  Ainsi donc, ils eurent un enfant…  et sans doute, se marièrent.

                Alors, comment nos deux héros vont-ils résoudre le problème de fond. Chez toi ou chez moi ? Lâcher la ferme ou non ? Lâcher la bibliothèque ou non ? J’avoue que la lectrice que je suis s’en bat quelque peu les flancs. Quant à l’histoire d’amour explosivement sexuelle entre ces deux personnages pâlichons et falots, coincés dans une vie monotone et sans saveur, j’avoue que j’ai eu du mal  à y croire. D’ailleurs, ni Désirée ni Benny ne m’ont intéressée. Alors, inutile de poursuivre davantage cette petite balade du côté de Le mec de la tombe d’à côté. On rentre chez soi, et on se prend un autre roman… suédois ? Bof…



07/02/2015
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