Elisa Brune : Un homme est une rose/Ce roman est un navet

          On a plutôt tendance à comparer les femmes aux roses. Inverser la métaphore et l’appliquer aux hommes, pourquoi pas ? Mais ce n’est guère ce roman d’Elisa Brune -  paru en 2005 aux éditions Ramsay et intitulé Un homme est une rose - qui mettra en valeur la beauté masculine !

          Marianne Irey contacte Michel Brénon pour lui proposer un article qui pourrait éventuellement être publié dans une revue de sociologie dirigée par ce dernier, brillant universitaire. Très vite, un rapport de séduction s’installe entre les deux intellectuels ; Michel est très direct et propose assez vite à la jeune femme une rencontre érotique tandis que Marianne freine ces ardeurs. C’est pour des raisons professionnelles que nos deux loustics vont se rencontrer : Michel propose à Marianne d’intervenir sur le sujet de l’impuissance masculine lors d’un séminaire auquel il participe. Marianne accepte et les voilà partis en voiture, direction le sud de la France. En route, les choses tournent bientôt au badinage et Michel réitère ses avances tandis que Marianne émet des réticences, même si elle est séduite par le physique de Michel. L’affaire se conclut par une fellation et une érection qui a du mal à se tenir. Mais lors du séminaire, Marianne commence à fantasmer et les avances claires de Michel l’excitent. Cependant, c’est un Michel bien assagi qu’elle retrouve dans la voiture ; la chose l’interpelle et c’est finalement elle qui s’offre aux caresses du conducteur. De retour à la maison, Michel invite Marianne à dormir chez lui, mais c’est alors le fiasco total puisque l’homme veut fesser sa partenaire et l’insulter (ce n’est qu’ainsi qu’il arrive à bander). La fin est assez troublante pour le lecteur car Elisa Brune suggère que ce qu’elle vient de raconter en toute discrétion dans ce roman a été vécu par elle. C’est qu’ils en font, de drôles de trucs, les intellos, dans les séminaires !

          Inutile de se précipiter pour aller cueillir Un homme est une rose d’Elisa Brune en bibliothèque ou en librairie car c’est un roman tout pourri. On retrouve le ton et les codes du roman féministe qui frise l’hystérie avec tout ce que le genre comporte de haine envers les hommes. En effet, le portrait de l’homme qui se dégage de ce roman à travers le personnage de Michel Brénon est tout ce qu’il y a de stéréotypé et de négatif ; il participe des idées reçues sur les hommes qui ne pensent qu’au sexe, qui sont incapables de donner du plaisir aux femmes, qui sont vulgaires, machos, violents, rustres, etc…

          Face à cet homme se dresse une femme qui désire et veut être désirée avec ce que ces exigences impliquent d’attente, de suggestion, de raffinement : avant de rencontrer Michel, Marianne, avec le consentement de ce dernier, s’invite chez lui en son absence, se couche dans son lit, laisse en cadeau sa petite culotte et espère mettre ainsi en marche la boîte à fantasmes de son partenaire. Elle ne veut pas lui laisser la primauté de l’initiative amoureuse et l’affaire tourne alors au bras-de-fer entre les deux futurs partenaires amoureux.

          Un homme est une rose est aussi un roman qui traite du désir de manière assez simpliste. Lorsque Michel semble vouloir passer à autre chose et ne manifeste plus de velléité amoureuse, alors Marianne se met à le vouloir, à le désirer furieusement car c’est quand on perd quelque chose ou qu’on est en passe de le perdre qu’on se rend compte de son prix, de sa valeur et c’est alors qu’on veut le retenir, c’est alors qu’on désire le posséder plus que tout. Réflexion somme toute assez basique et bateau sur le mécanisme du désir.  

          Par ailleurs, ce roman traite aussi du malentendu entre homme et femme de manière tout aussi simpliste : si la femme recherche un certain raffinement dans la séduction et dans le sexe, l’homme se montre bestial et rustre et sur ce point, la chute du roman est tout à fait édifiante puisque Marianne se retrouve face à Michel qui souhaite la fesser là où la jeune femme aurait aimé avoir un rôle sexuel plus gratifiant.

          Pour terminer, je soulignerai le côté éminemment indigeste de ce roman : la première partie se compose des différents emails échangés entre Marianne et Michel, deux intellectuels qui se tirent la bourre niveau charabia abscond philosophico-sociologique. On se fiche bien de savoir où en sont nos deux loustics dans leurs articles destinés aux revues universitaires très spécialisées et pointues et on peine à suivre le cheminement intellectuel et intellectualisant de ces deux esprits particulièrement affutés. La seconde partie du roman est rédigée à la première personne : Marianne évoque le séminaire particulièrement croustillant au cours duquel elle noue une idylle avec Michel. ; rien de bien passionnant à souligner dans cette partie. Pour finir, retour à l’échange d’emails pour la conclusion de cette idylle et c’est alors qu’on est bien content de refermer un roman particulièrement saoulant et dénué de finesse, de nuance dans l’évocation des rapports homme-femme.

          Ainsi, je ne sais si un homme est une rose mais si tel est le cas, on se demande quelle allure pourrait bien avoir un bouquet composé de ces fleurs-là. Tout ce qu’on peut dire, c’est qu’il semble bien loin d’être enivrant.

 



11/02/2018
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